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  • : Au tour de Clo
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  • : Décryptage humoristique des choses de la vie, délires poétiques et bonne humeur.
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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 23:09

NDA : les mots entre parenthèses et en italique sont à lire en écho, idéalement par une deuxième voix...

 

 

Il reste quoi (on reste coi) de cet amour qu’on ne devait jamais salir ?

Un souvenir déjà fané,

Pont des soupirs, fin de l’été.

Il reste quoi (on reste coi) de ces promesses qu’on ne devait jamais trahir ?

Pauvres soldats, chant de détresse,

Au champ d’honneur il faut partir.

 

Le jeu en valait la chandelle,

Mais nous avons éteint la flamme.

L’histoire promettait d’être belle,

Là est le drame...

 

Il reste quoi (on reste coi) de ces regards qui nous portaient vers l'horizon ?

Un peu trop d'ombre sous le fard,

Un peu trop de désillusions.

Il y a de la cendre dans nos mots, un goût de terre qui nous étouffe,

Le temps se traîne et nous enterre

Le temps nous bouffe.

 

Le jeu en valait la chandelle,

Chacun pensait tenir son rôle.

Mais les nuages s'amoncellent

Sur nos épaules.

 

Il reste quoi (on reste coi) de nos deux corps penchés au creux d'un même espoir ?

Spectres fugaces et incertains

S'effaçant quand tombe le soir.

Et notre fable s'évapore, le livre est déjà refermé,

Le sommeil prend nos larmes et mord

Nos yeux blessés.

 

Le jeu en valait la chandelle,

Mais nous avons éteint la flamme.

L’histoire promettait d’être belle

Là est le drame...

 

Le jeu en valait la chandelle,

Mais nous avons éteint la flamme.

L’histoire promettait d’être belle

Là est le drame...

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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 11:56

Je n’ai pas de réponse, mais beaucoup de questions.

Les mêmes que tu te poses… As-tu une solution,

Un remède, un espoir qu’on puisse partager ?

Un but ou un élan qui nous fasse avancer ?

 

 

Parce que… parce que si demain elle passe,

Que mes concitoyens me renvoient dans la face

Qu’ils ont choisi la haine, le repli et la peur,

Qu’ils ne voient que la nuit pour punir les erreurs

(Et une nuit profonde, sans rien pour nous guider),

Si demain elle passe, pourrai-je continuer ?

 

 

Pourrai-je encore sourire au passant qui me croise

Et ne pas m’alarmer de celui qui me toise ?

Aurai-je encore l’envie d’aller dans les écoles,

Vanter le poids des mots, le sens de la parole ?

Aurai-je le courage d’être en humanité,

Sans dégoût ni mépris, sans désir de juger ?
Aurai-je le panache de mes beaux idéaux,

De ma "philanthropie", où nous sommes si égaux ?

 

 

Tu me diras peut-être que nous devrons nous battre,

Qu’il faut lever la tête sans se laisser abattre.
Mais voyons… Tout de même… Si une majorité

Oublie tout de l'Histoire et veut l'obscurité...

 

 

J'aurai sans aucun doute un cri pour notre sort,

Mais plus assez de force, plus assez de ressort

Pour tenter d'allumer l'étincelle fragile :

Tout me semblera vain, usant et inutile.

Mon cœur sera amer et ma bouche fermée :

Je n’aimerai plus l’Homme, et ils auront gagné.

 

 

Alors si toi tu crois toujours que c'est possible,

Eclaire mon chemin, pour qu’il reste accessible,

Et que, pour tous ceux qui, à l'humaine fratrie

Préfèrent se fermer au nom de la patrie,

J'aie encore dans mes tripes l'envie de les comprendre,

De saisir leur colère, pouvoir encore l'entendre.

 

Car quelle que soit la peur, le frisson est le même,

Chez celui qui maudit et chez celui qui aime.

 

 

Mais si jamais demain, si demain elle passe,

Reste tout près de moi, garde-moi une place

Car je ne saurai plus vraiment où est la mienne.

Sois près de moi, ami, avant que la nuit vienne.

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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 22:18

gouttes d'eau

gouttes d'eau sur mon front

gouttes du ciel sur ma langue

fragiles perles de pluie accrochées à mes cheveux

gouttes d'eau sur le sol, sur la terre sèche qui s'assombrit peu à peu, devient humide et lourde

terre qui porte en son sein les émanations chargées, pleines, enivrantes, d'humus mouillé

parfum qui traverse l'espace à la fin de l'averse

 

gouttes d'eau gouttes d'eau gouttes d'eau

 

quel mot désigne l'odeur de la terre après la pluie ?

mot sur ma langue : Pé - tri - chor

pétrichor, l'odeur de la terre après la pluie

pétrichorpétrichorpétrichor pétrichor pétri corps pétri corps pétri

corps pétri dans la terre, dans l'humus ou l'argile, dans la glaise, dans le sable

 

à la saison des genêts genêts genêts genêts

je neige neige neige de fleurs jaunes

à la saison des genêts, loin de la neige blanche, neigent les fleurs jaunes

n'ai-je rien vu d'autre que le jaune du genêt ? je n'ai rien vu d'autre que le jaune du genêt. rien vu d'autre que le jaune du genêt, rien vu d'autre

et de cette terre humide que la pluie nourrit, chacun cultive son champ son champ son champ son

chanson chanson chanson

chanson des genêts, neige des champs

neige qui fond dans la douceur printanière et hésitante, indécise de cachemire

cache mire cache mire cache mire

chanson des genêts qui se disperse et s'enfuit en petites foulées foulées foulées foulées

fous les fous les fous les fous la connaissent tous,

la neige des champs

la chanson des genêts

ils savent où aller, les fous, et devant les portes fermées, possèdent les clés de tous les verrous

verrous verrous verrous vers où vers ouverts ouverts

ouverts au monde, nous saurons vers où aller...

 

loin des murs de béton, béton, béton, béton, béton, bé... tombés tombés tombés face à terre, tant de fois face à terre tombés, tombés sur les murs de béton

loin des murs de béton, je voudrais que mon corps pétri retrouve le parfum de la terre après la pluie

pé - tri - chor

 

 

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 09:18

Toute la tragédie du monde tient dans la chute

et il n'y a pire douleur que la détresse de l'être qui tombe

 

La chute

 

De l’instant où l'existence bascule

au moment précédant l'impact

la réalité de l'impact

La vie qui se penche sur le rebord de la fenêtre du destin

et qui se renverse et passe au-delà

et amorce peu à peu la descente

 

Lorsque la sensation du vide envahit le silence

dans un entre-deux interminable

avant le crash ultime

avant l'écrasement

avant le choc

 

Le temps de la descente

 

Dans un puzzle de vie défait

où il manque un fragment

qui définit un trou

où s’engouffrent les jours à venir

Un puzzle où les pièces ne trouvent plus leur place

où l’image se déconstruit peu à peu

pour n’être plus qu’un amas de bouts de rien vide de sens

 

La chute

 

Ce mouvement inexorable impitoyable sans retour

parfois vertige et précipice

parfois glissade inéluctable

paliers effondrés les uns après les autres

malgré les efforts

 

A peine le temps de reprendre son souffle

 

De la santé à la maladie

de l’amour à l’indifférence

de la vie à la mort

 

Ce mouvement qui commence

le jour du diagnostic

le jour du licenciement

le jour du premier deuil

le jour de la séparation

le jour où la bombe est tombée

 

Juste avant l’impact

juste avant les décombres

juste avant les cendres

 

Après le dernier baiser

après le dernier rire

après le dernier sentiment d'accomplissement

après le dernier regard au monde

 

Juste avant d’être assis contre les vitrines

à tendre la main aux passants indifférents

Lorsque la chute se cache dans des impayés des factures déchirées des coupures d’électricité des ventres qui se tordent à force d’être vides

 

Juste avant d’essuyer ses larmes devant le petit cercueil blanc

Lorsque la chute coule dans le liquide des perfusions et se révèle en opacité métastatique

 

Juste avant d’écouter l’absence dans une maison devenue trop grande

où plus aucune main ne vient frôler le visage

Lorsque la chute éclate contre le sol en vaisselle brisée et en silences pesants

 

Juste avant de n’être rien

Lorsque la chute renvoie dans les miroirs

le reflet d’un être

déclassé, dévalué

qui a plongé dans le vide

dégringolé dans le rien

 

Juste avant

 

Alors

Ne pas juger celui qui est à terre

Ouvrir les yeux

Tendre la main

Garder en tête que peut-être demain

Nous serons les prochains à tomber

 

 

 

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 15:13

Je suis là les bras ballants, à ne pas savoir quoi faire de mon corps, ballottée d'un moment à un autre ; à ne pas savoir quoi faire de ma tête ; à imaginer passer les idées sans m’arrêter sur une seule. Je suis vide, pleine de courants d'air dans mon crâne creusé, asséché, sans but, sans action. Complètement éteinte, mais en mouvement pourtant. Animée de gestes ayant perdu le sens, je m’agite sans pouvoir fixer ma pensée sur une réflexion particulière.

 

Je zappe d’une image à une autre, j’écoute sans vraiment entendre, sans saisir le sens, sans attraper le fil qu’il faut suivre. Je ne sais plus me concentrer. Je suis dispersée, évaporée dans l’air, éparpillée, éparpillée, les molécules écartelées, séparées les unes des autres, arrachées, je ne suis plus vraiment moi, une unité, et je ne sais plus exactement si je suis ici ou là-bas car je suis ici et là-bas.

 

Alors je continue frénétiquement à taper sur le clavier, à ouvrir des onglets, à tendre l’oreille à l’enceinte droite pendant que grésille l’enceinte gauche. Je désynchronise mes mouvements, mes mots. Mes mots se détachent les uns des autres, ne forment plus corps, ne font plus phrase, se délitent en sémantique inutile car sans idée, sans signification. Il y a trop, trop d’informations, trop de choses à gérer, à digérer, trop de gens à contacter, de messages auxquels il faudrait répondre, et mes bras, mes mains, mes bras, sont impuissants à gérer la situation et mon cerveau non plus ne suit plus. Je ne sais, je ne peux plus. Les mots n’ont plus vraiment de sens, ce ne sont que des syllabes ânonnées et je ne fais plus le lien. D’ailleurs les syllabes ne ressemblent plus à des syllabes mais juste à des lettres posées les unes à côté des autres sur le clavier Azerty. Azerty, A-Z-E-R-T-Y : la seule chose que j’imagine bien, que je vois, ce sont les lettres en caractères majuscules sur les petites touches de mon clavier, et les images sur l’écran d’ordinateur, les photos, les dessins, les logos, les vidéos. Ça bouge, ça bouge plus vite sur l'écran que dans ma tête; je n'arrive plus au final à faire le lien, à attraper le fil, le fil du sens. Je suis happée, attrapée par l'écran, étripée, éviscérée, serrée dans l'étau.

 

Et là sous mes doigts des carrés noirs avec des signes dessus, des signes, c'est quoi c'est quoi ces signes ? j'ai su ce que c'était, c'est quoi ? pourquoi mes doigts se promènent, s'agitent, gesticulent, indépendamment de moi, mus par leur volonté propre ?

 

A qui sont ces doigts ? ces mains ? mygales agrippées sur une toile invisible ? Elles me semblent familières mais étrangères pourtant. Ma tête part en arrière, mes idées s'avalent, se replient les unes dans les autres, s'invaginent comme les anses d'un intestin qui me dissout dans l'acidité de ses sucs.

 

Chose... Je ne suis plus qu'une chose. Les yeux rivés, crevés, éclatés dans un abîme profond que je ne peux sonder.

 

Il faudrait débrancher la machine, que mes mains se posent, que mes yeux se ferment, que les lettres se reforment peu à peu dans mon esprit agité et se combinent à nouveau en mots et en phrases, en idées. Ne plus m'éparpiller en molécules dissociées. Retrouver un sens. Redevenir unité dans le temps et l'espace. Débrancher la machine.

 

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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 19:22

Entre les guerriers sanguinaires

Les stratèges et les diplomates

Les auteurs les contestataires

Le découvreur de la patate (c'est Parmentier),

 

En feuilletant mon dictionnaire

J'ai dû me rendre à l'évidence :

Pour les femmes de cette terre

Il n'y a pas tant de références.

 

Or moi je me cherche un modèle

Sur lequel façonner ma vie,

Dites moi qui, montrez moi celle

Dont le chemin peut être suivi.

 

Parc'que moi je suis rien

Ou disons pas grand chose :

La moitié d'un pépin

Une épine de rose

Une aiguille de sapin

La virgule d'une prose

L'anneau d'un calepin

Une fumée sans cause.

 

 

Des mythologiques et antiques

Aux modernes et contemporaines,

Des filles du peuple cachectiques

Aux bourgeoises à la gorge pleine,

 

Des formidables inventrices

Aux plus mesquines assassines,

Des femmes d'état et des actrices

Aux discrètes laborantines,

 

Parmi les gracieuses figures

Listées dans mes livres d'histoire,

Des plus affables aux plus dures,

Qui y a-t-il ? ben voyons voir :
 

Je ne serai pas Pénélope,

Ne comptez pas sur ma patience,

Trois heures pour qu'il s'achète des clopes

Et déjà je vire mon alliance ;

 

Je ne serai pas Perséphone,

Encore moins Hélène de Troie :

Huit mois sous terre c'est monotone

Et ne faites pas une guerre pour moi ;

 

Je ne serai pas Cléopâtre

(J'ai souvent des torticolis),

Et je n'ai pas l'âme opiniâtre

De l'impératrice Zénobie.

 

Parc'que moi je suis rien

Ou disons pas grand chose :

La moitié d'un pépin

Une épine de rose

Une aiguille de sapin

La virgule d'une prose

L'anneau d'un calepin

Une fumée sans cause.

 

Je ne serai pas Jeanne d'Arc,

N'vous mettez pas martel en tête,

Ni la maîtresse d'un monarque

(Diane, Françoise ou Jeanne-Antoinette) ;

 

Je ne serai pas George Sand

Ni Marceline Desbordes-Valmore,

Car en vérité j'appréhende

Quand le cœur déborde du corps ;

 

Je ne serai pas Jane Austen,

Non plus la jeune Mary Shelley,

Car trop ou pas assez humaines,

Leurs créatures parfois m'effraient ;

 

Je n'serai pas Marie Curie,

Sa vie n'fut pas une sinécure,

Mais pas non plus Mata Hari

Qui aimaient trop les aventures ;

 

Je ne serai pas Evita

Encore moins Margaret Thatcher :

Visions opposées de l'état

mais le pouvoir me fait trop peur ;

 

Je n's'rai pas Rosa Parks non plus

Parc'que je ne prends pas le bus,

Ni Maryline ni Bardot nue

N'ayant pas un corps de Vénus.

 

Et puis moi je suis rien

Ou disons pas grand chose :

La moitié d'un pépin

Une épine de rose

Une aiguille de sapin

La virgule d'une prose

L'anneau d'un calepin

Une fumée sans cause.

 

Ni Simone Veil ni de Beauvoir,

Ni Blanche Neige ni Cendrillon,

Ni Anne Franck ni Yourcenar,

Et pas non plus Edith Cresson ;

 

Ni Chanel, ni Comaneci,

Ni Piaf ni Calamity Jane

Pas non plus Jackie Kennedy

Ou bien Aliénor d'Aquitaine ;

 

Ni mère Teresa ni Colette,

Louise Michel ou Nefertiti,

Non plus Madame de La Fayette

Ou Mrs Agatha Christie.

 

Même si cela n'en a pas l'air,

J'ai été un peu contrariée.

J'ai refermé le dictionnaire

(Répertoire de disparités).

 

Mais affirmant mon caractère,

Je me suis gonflée d'ambition :

Je mettrai le pépin en terre

Et la virgule dans une chanson.

 

S'il faut une cause à ma fumée,

J'allumerai moi-même une flamme

Pour que l'on voie multiplié

Dans le dico le nom des femmes !

 

Même si moi je suis rien

Ou disons pas grand chose :

La moitié d'un pépin

Une épine de rose

Une aiguille de sapin

La virgule d'une prose

L'anneau d'un calepin

Une fumée sans cause...

 

 

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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 20:03

Texte écrit pour les 20 ans du festival "Noir sur la ville". Une couleur par lecteur. Le texte noir en gras sera dit de façon collégiale.

 

 

Sur les hauts de Lamballe

Où Léo déambule,

On vient coincer la bulle

Aux fraîcheurs matinales.

C'est vrai qu'la vue est belle,

Une vraie carte postale !

Tout paraît si normal,

Rien d'inhabituel...

 

Mais dans la collégiale,

On a trouvé un corps,

Pâle et fumant encore

Et truffé de dix balles.

...

dring dring dring

...

Voilà qu'un coup de fil

Vient troubler la stupeur

Et annonce un malheur

Autre part dans la ville :

Au moulin Saint-Lazare,

Attachées sur ses ailes,

Des cordes écartèlent

Les membres d'un vieillard.

Ben ça a ressuscité une sacrée émotion, à Saint Lazare...

Pfff

 

Un troisième défunt

Sur la place du Martray

Ressemble trait pour trait

Au fameux Mathurin.

(se fait bousculer) Mais euh !!

La maison du bourreau

Qui se trouve en aval

A-t-elle été fatale

Au malheureux badaud ?

 

Quelle est l'arme du crime ?

On draine le Gouessant

Pour pêcher finalement

Une quatrième victime,

Attachée par les pieds

En chaussures de footing.

Une sirène en jogging,

C'est inaccoutumé.

 

 

 

 

Avec celui trouvé

Au lavoir Saint-Martin,

Sur les doigts d'une main

On compte les macchabées.

Soudain il y a foule

Fin de la rue du Val :

Quelques boyaux s'étalent

Sous un mur qui s'écroule.

 

La gare est en émoi !

Un pendu se balance

A l'horloge en cadence,

Les yeux fixant la voie.

 

La police s'emballe,

Les dépouilles s'amoncellent,

On cherche le criminel.

Il doit être en cavale.

D'ailleurs à ce propos,

Des nouvelles du haras :

On a découvert là

Une tête sans sabot... euh... sans sa peau...

Ah ! je me disais aussi, une tête, ça ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval

 

Au jardin médiéval

De l'église Saint-Jean,

Quelque part sous les plants

Aux fins médicinales,

Semble dormir un mort

Au visage angélique

Dans les parfums magiques

De sauge et mandragore.

 

Puis la liste s'achève

Le dixième trépassé

A le crâne fracassé

Derrière le Quai des rêves.

 

Qui donc est le coupable

De ces assassinats ?

Qui donc a pu faire ça ?

Qui donc en est capable ?

 

Entre les dix cadavres,

Aucun lien apparent,

Et avant l'évén'ment,

Lamballe était un hâvre.

 

L'enquête se poursuit,

Mais s'enlise et piétine.

Les enquêteurs ruminent

(Et l'assassin s'enfuit !).

 

 

Des indices au final

Paraissent converger

Vers un lieu ombragé :

La salle municipale !

Pas de perquisition,

Ni d'arme ni d'escorte,

On a poussé la porte

Pour suivre l'intuition.

Sous les regards hagards

Des quelques policiers

Se trouvent regroupés

Des auteurs de polar.

 

On les met au courant.

Ils paraissent surpris,

Quand soudain l'un d'eux dit :

« Ah ben tiens, c'est marrant !

Dix morts c'est pas courant,

Mais ça me fait penser

A une histoire passée

Et lue dans un roman.

Pas une histoire de pègre... »

Un autre renchérit :

« Oui ! Agatha Christie !

Et Les Dix Petits Nègres ! »

 

Des nègres pour écrivains ?

Est-ce qu'on tiendrait une piste ?

Tout en haut de la liste

On les note un à un.

Mais las ! on se convainc

Que l'on fait fausse route :

Leurs livres sans aucun doute

Sont bien faits de leurs mains.

 

A cette heure l'assassin

Court encore, et qui sait,

Dans son mortel projet,

Qui sera le prochain…

 

Sur les hauts de Lamballe

Où Léo déambule,

On vient coincer la bulle

Aux fraîcheurs matinales.

C'est vrai qu'la vue est belle,

Une vraie carte postale !

Tout paraît si normal,

Rien d'inhabituel...

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 23:32

Trou dans la manche du pull.
Brins de laine fatigués.

Pantalon de survêt délavé.

Semelle décollée d’une chaussure qui fait les cent pas trop souvent.

Cheveux ternes, traits tirés, lèvres sans fard, paupières sans sommeil que la lumière du supermarché avale dans sa grande bouche toujours affamée et jamais satisfaite.

 

Dans les rayons elle trimbale son cabas vers les zones premier prix. De jambon polyphosphaté en tomates et pommes plastifiées, elle se penche, choisit, calcule, prise d’un doute sur le nombre de pièces de monnaie qu’elle a piochées dans la boîte aujourd’hui. Des paquets de pâtes et de purée en flocons format familial s’entrechoquent près des boîtes de conserve. Elle prend des œufs de poules en cage, ça fait bien un euro de moins la douzaine, et comme faut racheter de la lessive, ben c’est déjà ça de gagné.

 

Il y a ses besoins _ faut rester présentable _ et puis ses envies, qu’elle a mises de côté. Elle aimerait bien avoir un soutien-gorge neuf avec un peu de dentelle, parce que c’est joli la dentelle, et qu’elle aime bien ce qui est joli en fait, mais là y a pas assez… Alors un autre jour, le mois prochain peut-être… Puis faudrait qu’elle achète un pull d’abord à cause de ce trou dans sa manche qu’elle essaie de cacher.

 

Collé à sa jambe, son bonhomme s’accroche à sa poche. Il veut des bonbons. Ceux qu’on voit à la télé. Pas la marque du magasin, mais celle avec le personnage à la tronche de Playmobil. Playmobil qu’il a demandé dans sa lettre au Père Noël parce que Noël c’est bientôt et que les copains à l’école ils disent que si à 6 ans, t’as pas des Playmobil, ben t’as raté ton enfance. Et il sent qu’il faut pas, ça, rater son enfance. Pourtant il sait, lui, que ça ne tient pas à une histoire de figurines en plastique, c’est plus un truc qu’il devine dans les yeux de sa mère. Que c’est elle qui a peur qu’il la rate, son enfance, parce que l’histoire ne s’écrit pas comme elle l’avait prévu.

 

C’est mercredi. Je fais mes courses : quinoa, lentilles corail et jus de pruneaux au rayon bio et diététique. Pour les légumes, je prendrai ça au marché : pas de pesticides, que des produits de saison, puis j’ai mes habitudes et ça me fera une promenade.

 

Je les croise à la caisse, elle et son môme. Ils sont juste devant moi. Après le paquet coloré de bonbons gélifiés qu’elle glisse sur le tapis roulant, elle pose la barre « Client suivant ». Et je vois le trou dans la manche de son gros pull en laine beige.

Et je fixe le trou et je reste figée. Précipitamment elle roule le bord de sa manche pour dissimuler les mailles défaites, décousues, abîmées.

Pour dissimuler une vie de défaites, décousue, abîmée.

 

Je crois qu’elle a honte. Peut-être pour elle, il y a dans ce trou toutes les fois où la chance a tourné, les revers du destin, les erreurs sur la route.
Pourtant un trou, c’est juste un accroc qu’on n’a pas pu réparer.

 

Rapidement, elle passe, elle paie, elle part.

J’espère que le gamin sait comme sa mère est digne et courageuse. Moi je le sais, parce que j’ai vu un trou dans la manche d’un vieux pull.

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18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 16:13

"Hey ! t'as-tu vu la grande baleine bleue ?"

 

Sur les bords du Saint Laurent, vers les Grandes Bergeronnes, assis sur les rochers aux lichens vert intense, le pantalon trempé par l'humidité matinale de la rive, les jumelles posées près d'un arbuste maigrelet mais tenace, nous guettons tous les deux l'horizon vaporeux et blanc poudré de soleil.

 

Un brouillard de fin d'été recouvre le grand fleuve, et les gouttes de pluie plic-ploquent dans le gobelet de café fumant, qui maintient nos mains au chaud et nos yeux grand ouverts. Une couverture à rayures orange nous sert d'abri de fortune, et armés de patience, nous appelons la chance pour apercevoir un bout d'aileron ou la queue de la grande baleine bleue.

 

La queue de la baleine bleue ! Grosse comme un croissant de lune d'azur ! Deux ailes immenses fendant l'eau dans un plongeon superbe ! C'est ainsi qu'on l'imagine, ainsi qu'on nous l'a dépeinte !

 

Sur les bords du Saint Laurent, sous la manche à air gonflée, le vent enveloppe nos oreilles et s'engouffre dans nos manteaux. Majestueux chant de sirènes auquel se mêle la corne de brume quand passent les paquebots.

 

Au-dessus de nos têtes, le vol des fous de bassan ralentit, accélère, dans une chorégraphie savante, juste avant qu'ils ne se jettent à pic dans l'eau glacée. A nos pieds, l'écume s'écrase contre la côte. Plus loin quelques oiseaux tranquilles se laissent bercer par le flux aquatique régulier.

 

Le soleil s'extirpe peu à peu de ses haillons de brume et le miroir liquide scintille sous nos yeux émerveillés.

 

On pourrait y rester des heures, à contempler l'estuaire, et attendre que passent les cétacés, et surtout, surtout, espérer encore observer la grande baleine bleue !

 

La grande baleine bleue ! Derrière sa porte de fanons, Pinocchio nous y attend peut-être ? C'est ainsi qu'on l'a rêvée, ainsi qu'on nous l'a racontée !

 

Trempés de restes d'averses, mais heureux, galvanisés par l'air frais pénétrant nos poumons, nous nous collons un peu plus l'un à l'autre et partageons les jumelles. Les vaguelettes trompent nos regards en figurant des ailerons. Quelques goélands moqueurs planent dans le ciel éclairci.

 

Puis là-bas ! Quelque chose !! Oui j'ai vu quelque chose ! Les jumelles ! Vite !! Un petit rorqual nous montre son dos ! C'est fugace, rapide. Puis il réapparaît ! Nous rions ! Le dos d'un petit rorqual !!... Puis plus tard, la tête géante, noire et blanche sur le dessous, du rorqual commun, et le souffle étonnant que produit son évent !!

 

Mais il est temps de partir, déjà, avant que la nuit ne se glisse sous nos paupières et que le sommeil nous prenne par la main. J'éternue un peu, ton nez est bien froid. Rentrons.

 

A notre retour, on me demandera : "Hey ! t'as-tu vu la grande baleine bleue ?"

Je répondrai "non" et ne dirai rien d'autre. Mais je l'ai attendue avec toi et c'était aussi beau.

 

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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 10:31

On vit

en écoutant le bruit des villes défonçant l'asphalte à la lueur blafarde des réverbères fatigués,

en fermant les yeux sous la pluie de septembre qui coule sur nos joues,

en souriant devant les devantures illuminées de guirlandes au premier jour de l’hiver.

On vit

en espérant être ailleurs, ou être quelqu'un d'autre,

en taisant l'inavouable envie de rester planté là, comme un arbre de bord de route, une fleur de trottoir qu'on ne regarde pas.

On vit

en oubliant, car il faut oublier, qu'un jour, on conjuguera pour nous au passé,

et oublier la poussière en la chassant d’un revers de main

(ah… demain…).

On vit

avec sur les épaules le poids des mondes avortés, avec des rêves qui prennent trop de place, avec le cœur vivant des océans immenses qui bat dans nos tempes au tempo des marées,

les yeux tournés vers le ciel où les nuages au ralenti se transforment parfois en châteaux de fumée.

On vit

d’espoirs si grands qu’on ne peut les embrasser.

On vit

En tenant l’autre par la main, pour avancer quand même dans l’ombre des incertitudes, en équilibre d’illusions.

On vit

en se grisant de la légèreté d’être, au cours fluide des rivières qui ne s’étonnent pas d’être rivières et s’amusent en tricots d’algues, en écailles pailletées de poissons, et glissent entre les lignes, se faufilent tout simplement dans le courant.

On vit

Sans penser au souffle qu’il nous faut, aux muscles qui se tendent, aux nerfs qui nous parcourent, à l’influx de force et de volonté que tout cela demande.

On vit

de nos erreurs.

On vit

de nos souffrances, pour y sonder la consolation des jours à venir, et l’inquiétude des nuits blanches à repeindre sans cesse pour effacer le vide.

On vit

parce qu’il faut bien vivre !

Qui le ferait pour nous ?

Alors,

Alors,

On vit

les yeux perdus dans le vague ou dans l’obsession d’un but à atteindre, cramponnés à nos certitudes ou ivres de liberté.

On vit

à cent à l’heure, pour ne pas voir la route avancer, pour ne pas avoir le temps de le prendre,

ou en comptant chaque seconde, en pesant sa valeur à chaque respiration, en guettant sur chaque horloge la détresse de notre finitude, de notre non-éternité, de notre déchéance qui voit tomber à terre nos cheveux déjà blancs et nos promesses trahies.

On vit

pour se convaincre que l’on va semer des étoiles en n’attendant rien d’autre que leur lumière, et courber des arcs-en-ciel pour des flèches sans d’autre cible que le vent.

On vit

sans comprendre le pourquoi, sans vouloir connaître la fin mais en anticipant la suite.

On vit

sans air et sans chanson, sans mouvement de l’âme, immobile, impassible, à deviner demain en fenêtre fermée.

On vit

à côté, au bord, trop loin, trop près, sans bruit et sans silence, entre deux, nulle part, ailleurs, partout, sans raison et sans but, juste parce qu’on est là.

On vit

Et c’est déjà ça.

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