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  • : Au tour de Clo
  • : Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.
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12 juillet 2018 4 12 /07 /juillet /2018 09:02

Quand je regarde la rivière,
je vois bien plus que la rivière.
Je remonte sa source, j’escorte ses poissons, je me laisse entraîner par sa fraîcheur et le bercement des algues ondulantes et plonge dans le fleuve qui la mène à la mer.
Je suis le sable fin qui coule entre les doigts,
le chant continu de l’eau sur les galets,
la berge humide et la lumière qui la dessine,
les bras des ruisseaux qui s’y rattachent dans des remous bruyants.
Et je deviens rivière.

 

Quand je perçois le vent qui souffle sur mon visage,
la caresse sur ma peau est bien plus que le vent.
Je pressens l’Est qui s'éveille, le balancement des cimes des tilleuls ou des branches nues qui s’agrippent à l’hiver, le sifflement aigu des fissures des greniers, les courants d’air glissant dans les rues labyrinthiques, les ailes des moulins aujourd’hui effacées.
Je me fonds dans la mémoire des ouragans.
Je suis voile de navire
ou drapeau flottant sous les folles rafales.
Et peu à peu je me fais vent.

 

Quand j'écoute l'oiseau,
j'entends bien plus que son chant d’oiseau.
J’apprends la fragilité du nid, l’appel de la couvée, les distances des migrations, les amours joyeuses et légères comme un battement d’ailes, les figures savantes esquissées sur le ciel.
Je m’incline devant la Nature protéiforme qui tient dans la même main
le rapace et le passereau,
l’oiseau frôlant les flots et celui guettant les déserts.
Je m’élève au plus haut des falaises.
À mes tempes palpite le cœur des forêts.
Un instant je me sens oiseau.

 

Quand j’observe les gens,
je sais qu’ils sont bien plus que des gens, bien plus qu’une foule quelconque, qu’une multiplication de silhouettes anonymes et toutes pareilles.
Derrière le parapluie cassé, l’habit un peu froissé, je discerne le peigne du matin, le café englouti dans une gorgée pressée et la tasse qui attend dans l’évier déjà plein, et le rythme précipité des journées qui s’enchaînent.
Je devine une peine dans la fuite d’un front, la colère rentrée d’un menton qui se lève, un succès dans un sourire vainqueur ou un flot de questions traversant l’ombre rouge d’un regard.
Je distingue à leurs rides les heures de labeur sur la main qui travaille ;
aux poils sur une manche, le buste qui se penche vers le chien de la maison ;
aux rubans dans les tresses, les bras enlaçant le cou des mères, et les baisers frais et rieurs, et les odeurs de cuisine ;
aux cernes bleutés, le bruit nocturne des immeubles et la fièvre et la douleur qui rendent les draps moites et malades.
Et la faim derrière la main immobile, tendue à peine pour demander l’aumône.
Et l’angoisse de ceux qui parlent fort pour montrer qu’ils existent.
Et l’incertitude de celles qui examinent leur reflet dans les vitres.
Et l’amour liant ce couple aux cheveux blancs qui se tient par la taille.

 

Dans ces bribes d’existence,
dans ce que les autres sont,
dans cette parcelle de monde dans lequel je vis,
j’entrevois ce que je suis,
ce que nous sommes,
nous,
miroir du monde et de l’humanité.

 

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