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  • : Au tour de Clo
  • : Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.
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15 mars 2019 5 15 /03 /mars /2019 15:32

Travail d'atelier sur le dialogue - Temps imparti : 20 minutes.

Dialogue inspiré du tableau "Excursion into philosophy" d'Edward Hopper.

 

Lui : Je dois y aller.

 

Elle : Hum ?

 

Lui : Je dois y aller. Ils vont m'attendre.

 

Elle : Qu'ils t'attendent alors ! Moi je t'attends toutes les semaines, et pire que cela, je t'attends tous les jours, toutes les minutes.

 

Lui : Ne commence pas.

 

Elle : Je ne commence rien. Je te dis simplement que depuis que je te connais, c'est un temps opaque que je traverse... L'antichambre de l'existence. L'ombre, alors que je rêve de lumière. Je nous rêve tous les deux dans la lumière, sans honte, sans crainte des regards.

 

Lui : Oui je sais. Moi aussi j'aimerais que ça soit différent. Mais les choses sont ce qu'elles sont... Ils vont m'attendre.

 

Elle : Mais non ils ne t'attendent pas ! Ils regardent vaguement l'horloge, s'inquiètent mollement de ton retard, pensent déjà à autre chose. Moi, j'attends. Je sais ce qu'est "attendre", je sais toute la souffrance qu'il y a derrière le mot. Je sais l'intolérable silence quand tu fermes la porte sur nos après-midi clandestins. Je sais le murmure des feuillages, quand je n'ai que la rue à regarder par la fenêtre, les jours où tu ne viens pas. Je sais l'espoir, lorsqu'une lettre à la chère écriture est déposée sous le paillasson. Eux, que savent-ils de tout cela ?

 

Lui : Ils sont ma famille. Ils ne me disent pas ces choses aussi bien que toi. Mais ils ne me font pas de reproche. Quand je rentre et que la table est mise, que l'assiette et les couverts sont à ma place, invariablement...

 

Elle : Ta place ? Ta place avec eux est une chaise que tu occupes devant la soupe et le gigot ? Avec moi aussi tu as ta place, et elle est d'une autre nature.

 

Lui : Ne me blâme pas. Allez, je dois y aller. Ils vont m'attendre.

 

Elle : Peux-tu arrêter de répéter cela ? "Ils vont m'attendre, ils vont m'attendre." Mais qui attendent-ils ? Le mari ? Le père ? Le collègue ? Moi, je t'attends, et lorsque je t'attends, c'est toi, toi en tant qu'homme, toi en tant qu'être. Ce n'est pas une fonction, ce n'est pas un rôle, ce n'est pas un personnage, un emploi, un devoir. C'est toi, toi et ton corps, et tes yeux, et ta peau. Toi et ton âme, et tes rêves. Eux, que savent-ils de tes rêves ?

 

Lui : Ils vont m'attendre. À jeudi belle enfant.

 

Elle : Qui est l'enfant ? De nous deux, dis-moi ? Un jour peut-être je ne t'attendrai plus.

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