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  • : Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.
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11 juin 2019 2 11 /06 /juin /2019 08:19

Atelier d'écriture : vous êtes l'avocat commis d'office pour défendre le Père Noël accusé de maltraitance (temps imparti : 15 minutes). Texte retravaillé chez moi pour allonger la plaidoirie...

 

Plaidoirie de l’avocat commis d’office pour défendre le Père Noël accusé de maltraitance.

Madame la Présidente, Monsieur le Procureur, mesdames et messieurs les jurés, chère assemblée ici présente,

les accusations fallacieuses portées contre mon client sont indignes de ce tribunal. Comment, après des décennies de bons et loyaux services, d’une abnégation sans faille, d’un dévouement sans relâche, comment pouvez-vous accuser mon client, Monsieur le Père Noël, de s’être rendu coupable de maltraitance ? Est-ce lui, le maltraitant, le mauvais bougre ? ou plutôt n’en faites-vous pas le dindon de la farce, le renne-émissaire de cette affaire ? (oui, le renne émissaire, c’est comme un bouc émissaire mais pendant les fêtes de fin d’année).

Accuser de maltraitance un pauvre homme arthritique, à qui la CAF ne verse plus les allocations, pour qui on repousse le nombre d’annuités avant de prétendre à la retraite ! Regardez-le : sa veste râpée dont la couleur rouge ne se maintient que miraculeusement par des reteintes régulières aux taches de mauvais vin, son pantalon trop petit tendu par sa ventripotente éminence, cette ceinture au cuir fatigué, ce bonnet qui sent le cheveu sale et le graillon… Ne voyez-vous pas un homme à bout de souffle ?

Vous l’accusez de maltraitance morale envers les enfants. Il crée, selon vous, des manques de confiance, des pertes de repère, il bouscule la morale et détruit profondément l’âme d’enfant des plus jeunes.

Vous me citez l’exemple de Caroline Royer, 8 ans, excellente élève, sage et gentille, pas un mot en trop, pas une carie, pas un trou dans le jogging pendant les séances de sport. Elle avait demandé une Barbie cuisinière l’an dernier mais n’a trouvé sous le sapin que le four micro-ondes de Barbie cuisinière. La déception a été immense, bien sûr, mais est-ce de la faute de mon client si Caroline Royer est une enfant pauvre ? Oui, j’ose le dire, j’ouvre la boîte de Pandore. On accuse cet homme de maltraitance mais l’entreprise de mon client ne peut fonctionner que dans une relation sereine harmonieuse et apaisée avec ses fournisseurs.

Mon client livre.

Les parents fournissent.

Et dans le cas de la petite Caroline, les parents n’ont pas fourni le jouet tant espéré. La livraison, quant à elle, a été faite dans les délais impartis dans le contrat. Le four micro-ondes de Barbie était bien sous le sapin synthétique de M. et Mme. Royer le 24 décembre au soir. Le professionnalisme de mon client ne peut en aucun cas être mis en cause.

Alors pourquoi ce procès ? À qui la faute ? À qui la faute ?

Aucun de nous dans cette assemblée ne souhaite bien sûr égratigner l’innocence et la beauté de l’enfance. Personne ne souhaite briser les illusions d’une fillette, écorcher sa confiance en l’avenir et dans les belles promesses que peut lui faire le monde (bien qu’entre nous, les désillusions auront tôt fait de s’abattre sur elle, et d’aucuns, assez cyniques, pourraient considérer que le cas d’aujourd’hui n’est qu’une des premières leçons qu’elle recevra dans sa morne et triste vie d’employée méritante n’ayant financièrement pas pu faire d’études).

Pour ma part, je considère que les exigences de la petite mademoiselle Royer étaient somme toute assez modestes. Un effort aurait pu être consenti par ses géniteurs. C’est d’ailleurs avec une véritable affliction que mon client, qui s’est engagé toute sa vie durant à faire briller les yeux des enfants, a pris connaissance de cette attitude indigne de M. et Mme. Royer (qui a tout de même reçu ce Noël-là un sèche-cheveux neuf, 4 fonctions, 3 températures). Je vous en laisse juges.

Quittons le cas de la misérable famille Royer. À chaque échelon la question se pose, les reproches s’accumulent. Mon client est enseveli par les plaintes, une véritable avalanche, si je puis me permettre cette image neigeuse fort à propos dans le cas qui nous occupe. La poupée Barbie de la petite Caroline est la trottinette électrique du petit Anatole, ou le séjour en Australie de la petite Eve-Constance qui n’ont pas non plus reçu ce qu’ils avaient demandé. Et le moteur de tout ceci, de ces plaintes, ne porte qu’un nom : la déception ! Ah la déception ! Celle qui jalonne chaque jour la plus petite des existences, et ceci, même en-dehors des périodes de fêtes… Le Père-Noël, dans cette affaire, n’est qu’un petit maillon de la chaîne dans ce grand processus et c’est à lui qu’incombe toutes les responsabilités ?

Et les publicitaires ? Et le marketing ? Et les autres enfants dans la cour de récré qui comparent la marque de leurs jeans et se moquent ouvertement de ceux qui n’entrent pas dans les codes ? Et les parents qui jouent à qui aura le plus à montrer à ses collègues ? Et les écrans qui relaient cela à tout va ? Et c’est mon client que l’on met en cause ?!? Pauvre petit homme chétif sous sa barbe et son ventre imposant. Pourquoi  ce ventre ? Mais parce qu’il est sous tension et sur le point d’exploser !!

Oui il explose !! Il explose de tout ce déferlement orgiaque, de toutes ces exigences du monde moderne, de tout ce déballage d’emballages, de cette décadence de cadeaux, de cette indigestion monumentale !!!!

Le procès de cet homme dépasse largement le procès d’un homme. C’est le procès d’un système dont mon client est victime, au même titre que ceux qui l’accusent. Il est malheureux de ne pouvoir exercer son métier dans des conditions convenables. Cet homme est démoli par les responsabilités qu’on lui impute. Je demande donc la relaxe et la trêve des confiseurs.

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