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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 16:37

Le 23 novembre 2019 à Landivisiau, j'ai eu la grande chance d'être invitée au festival "Moi les mots" et d'y affronter (en toute amitié bien sûr) l'inénarrable Hervé Eléouet dans une "batteule poétique" arbitrée par Anne Jullien. Sur le thème de l'envol, Hervé et moi devions nous lancer mutuellement un défi un mois avant avant notre affrontement. Je lui proposai de réécrire "La mouette" de Tchekhov en alexandrins. Quant à lui, il me donna le sujet suivant, auquel j'ai joint bien évidemment ma réponse...

 

Pour garder le nid, faut-il prendre son antivol ?

 

Ma foi, bien des questions tourmentent mon esprit,

Et toujours je m’échine à leur trouver réponse.

Face aux difficultés rarement je renonce

Et je vais donc tenter de répondre à ceci.

 

Ce thèm’ que m’a donné l’éminent spécialiste,

Poète, ornithologue, pêcheur de coquillage,

Graveur sur peau d’banane, réal' de courts métrages

Et bien d’autres talents à noter sur la liste,

Ce thème… est bien ardu, mais essentiel pourtant :

Soit, pour garder le nid, faut-il (c’est la question)

Prendre son antivol ? Est-ce la solution ?

Tout cela sera bien passionnant je le sens.

 

Quand on évoque Ésope ou Jean de la Fontaine,

Ou encore les histoires de Nasreddine Hodja,

On voit bien que les contes sont le parfait media

Pour engager la réflexion en tout domaine.

 

Et le petit conte du grand méchant coucou (dont je suis l’inventrice inspirée je l’avoue)

Permettra, je l’espère, à ce cher auditoire

(Qui nous fait grand honneur d’être avec nous ce soir)

De soulever un voile sur ce  sujet bien flou.

 

*****

 

Au rang des pires bestioles que porte notre monde,

Entre l’anaconda,  la méduse et les tiques,

Cet oiseau-là tient une place spécifique :

Le grand méchant coucou aux coutumes immondes.

 

Atroce, abominab’, cruel et sans scrupules,

Depuis le bout du bec jusqu’au bout de la queue,

Le grand méchant coucou est un démon affreux

Qui devant le pire acte jamais ne roucoule... euh... recule !

 

À ceux qui croient qu’il n’est que cet oiseau mesquin

Qui joue à cache-cache et dit « Je t’ai trouvé !»

Sans qu’on ne sache bien où il se tient planqué

Et débute son jeu dès 5 heures du matin,

Qui fait « Coucou ! Coucou ! » comme si on était potes,

Mais qui ne vient jamais pour ton déménag’ment

Un oiseau plutôt cool et pas trop dérangeant,

À ceux donc convaincus qu’il n’est qu’une linotte,

Je leur dis « Inconscients !! Mais ne savez-vous pas

Qu’au bois, tous les parents brandissent la menace,

Devant leurs marcassins, lapereaux et limaces :

« Oh ! Si tu n’es pas sage, le grand coucou viendra !! »

 

Car vous le savez bien, c’est un fait reconnu :

Que fait le grand coucou quand il repère un nid ?

Il y place ses œufs et détruit les petits

Qui auraient dû y naître et qui ne vivront plus…

 

Le grand méchant coucou est bien pire qu’un rapace.
Croquemitaine à plumes, il est un vrai fléau !

Si les oiseaux avaient des services sociaux,

Si j’étais un corbeau, je préviendrais la DDAS !

 

****

 

Il était une fois, tout près d’une clairière,

Une maman fauvette, Madame rousserole

Qui protégeait son nid grâce à un antivol

Qu’elle avait installé sur son chêne’ centenaire.

 

Petite parenthèse peut-être anecdotique :

Mère de sept oisillons, divorcée et au SMIC,

Elle’ vivait chichement Madame Rousserole

Et bien que n’ayant pas étudié à l’école,

Elle méritait un peu de bonheur domestique…

 

Du nid, un crâne chauve émergea des brindilles.

« Cuicui » fit l’oisillon, ce qui, vous devinez,

Signifie « Wouo j’ai faim et j’ai rien à becqu’ter !! »

C’était, vous l’entendez, l’ado de la famille.

 

Et c’est ce piaf ingrat, ce chétif maigrelet

Qui était le fameux antivol de sa mère !

Ses frangins tous partis, minus en mode vénèr'

Ne quittait pas sa piaule et restait aux aguets.

 

Il s’appelait Icare et depuis tout petit

Connaissait le destin de son pauvre homonyme.

« Qui veut toucher le ciel finit dans les abîmes.

Je resterai au nid, s’il le faut, tout’ ma vie !! »

(les cinéphiles appellent cela un Tanguy)

 

Devenu adhérent au parti AKM,

(Le parti des autruches, des kiwis et manchots),

Il déclarait : "Je n’ai pas voulu naître oiseau !

Moi je suis antivol, et je biiiip le système. "

 

C’était un oisillon vivant avec son temps,

Au langage grossier des volailles de bitume,

Qui se prenait le bec et fonçait dans les plumes.

Certains relieraient ça au manque de sa maman.

 

 

Or dans cette clairière où logeaient ces fauvettes,

Sévissait l’effroyable, l’ignoble et monstrueux,

Le grand méchant coucou aux grands yeux globuleux

Et qui, de nid en nid, menait sa p’tite enquête.

(Il cherchait un endroit pour déposer ses œufs

Pas trop grand, un F3 ou au pire un T2)

 

Arrivé chez l’ado il se mit à parler :

« Coucou  ! Tu ne veux pas aller voler un peu ?

Te dégourdir les ailes, planer dans le ciel bleu ?

C’est pas bon de rester tout le temps enfermé… »

 

« Eh oh ! Toi t’es qui toi, pour m’empêcher d’dormir ?

J’te demande c’que tu fais sous tes airs de voleur ?

J’te préviens, je suis pote avec l’oiseau Twitter,

Et ça pourrait barder ! Tu ferais mieux d’partir ! »

 

Jamais on ne l’avait rabroué de la sorte.

Très surpris le coucou fit d’autres tentatives,
Mais devant le loustic et sa verve agressive,

Il dut bien se résoudre, et partit sans escorte.

 

****

 

Si un jour vous croisez une énorme fauvette,

Piaillant le bec ouvert, que sa mère vient nourrir,

Un oiseau bien pénib’ qui râle et qui soupire,

Pensez donc à ce conte et sa morale bête :

 

Oui, pour garder le nid, il faut un antivol.

Choisissez-le odieux, lourd et désagréable,

Et si des noms d’oiseaux de son bec exécrable

Fusent à qui mieux mieux, ça sera le pactole !

 

Quant au méchant coucou, quand viendra le printemps,

Lors de son premier chant, regardez dans vos poches :

S’il y a de l’argent, alors sans anicroche,

Tout au long de l’année vous en aurez autant.

 

Mais si vous êtes oiseau, gare à vos jolis nids...

Si le grand coucou vient, c’en est fait de vos œufs.

Ses poussins assassins vous rendront malheureux.

Les lois de la nature, c’n’est pas toujours gentil.

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