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  • : Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.
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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 11:28

Je ne sais pas comment elles s’appellent.

Je les vois pourtant une fois par semaine depuis plus de trois ans. Je devrais savoir.

Elles ont leur prénom épinglé sur la poitrine, sur leur blouse rouge. Une blouse aux couleurs de l’enseigne.   

Je crois qu’il y a Sylvie et Maryline. Je crois, je ne suis pas sûre, je me trompe peut-être. Les autres, je ne sais plus. Pourtant je les ai lus, leurs noms, plusieurs fois. Mais je me souviens toujours mieux des visages que des noms. Quels que soient les gens.

Je me souviens mieux des goûts que des professions, d’une blague que d’un trajet, d’un sourire que d’un discours. En une rencontre je peux retenir que tu n’aimes pas le fenouil ni le chocolat blanc, que tu adores le hard metal, que tu dis « Bien bien » en fronçant les sourcils quand tu veux changer de sujet, mais je ne te garantis pas de me souvenir que tu es ingénieur, et ne me demande pas dans quel domaine, même si tu me l’as répété… C’est comme ça. Pour toi comme pour les autres.

Ce n’est pas par manque d’intérêt, je me souviens de ce qui crée de l’émotion, de ce qui fait que tu es toi. C’est pour cela que je me rappelle mieux les visages. Parce qu’ils sont passionnants les visages, avec leurs doutes et leur réalité en demi-teinte, et leurs joies, et leurs soucis. Les voix aussi, je m’en souviens bien, comment elles disent bonjour, merci, au revoir. Les nasillardes, les aigues, celles au joli timbre, les enrouées, les fatiguées.

Les noms, au final, c’est comme les noms de tout le monde, ce sont des noms… Il faudrait déjà qu’on se connaisse un peu pour que ton nom éveille une lueur ou une inquiétude.

 

Je ne sais pas comment elles s’appellent. Pourtant, elles, connaissent tout de moi, ou presque. Enfin, ce que je consomme… Elles savent ce que j’ingurgite, ce qui m’alimente, ce qui entre en moi. Si on est ce qu’on mange, alors elles en savent beaucoup. Avec un biais tout de même parce que les fruits et les légumes, je ne les prends pas là, je les achète au marché. Parce que c’est bio, meilleur et moins cher. Si, c’est vrai, j’ai comparé les prix. Pour le reste, c’est avec elles.

Quand je les vois dans la rue ou dans un autre magasin, je les reconnais, parce que je reconnais mieux les visages, je te l’ai dit. Alors je leur dis bonjour. Et elles sont surprises parfois, elles voient passer tellement de monde, elles ne peuvent pas se souvenir de tous les clients. Puis elles, elles n’ont que les visages, pas les noms, pour peu qu’elles se souviennent mieux des noms… Peut-être que je devrais épingler mon prénom sur mon manteau ? On ferait ainsi connaissance.

 

Je ne sais pas comment elles s’appellent mais j’ai envie de leur dire merci et de leur acheter des chocolats. Mais je ne connais pas leurs goûts. Faudrait que je leur demande, aux caissières de l’Intermarché de Brézillet, ce qu’elles aiment comme chocolats, parce qu’après trois ans, je devrais quand même le savoir. Puis promis, j’essaierai de retenir leurs prénoms en plus de leurs visages. En la regardant dans les yeux, sans zieuter sur son badge, je dirai avec gratitude : « Merci Maryline. »

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