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  • : Au tour de Clo
  • : Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.
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14 octobre 2020 3 14 /10 /octobre /2020 17:24
Des gens derrière des murs discrets
(des gens discrets derrière des murs)
s’éteignent doucement ou vivent au ralenti :
le pilulier leur dit
le jour de la semaine.
 
*
 
C’est joli et ça ne fait pas de bruit,
la semaine d’un pilulier.
Ça fait passer le temps mais sans trop le compter,
ça se répète,
silencieuse rengaine
qu’on remplit d’habitudes
et de rendez-vous réguliers.
 
*
 
Un goût d’enfance pourrait flotter dans l’air
où reviendrait parfois le souvenir des soirs
sur la toile cirée de la cuisine
où on recopiait les jours,
lundi, mardi, mercredi, et les autres,
en haut des pages des cahiers aux lignes violettes.
 
 
Les petites boîtes ont remplacé les lignes.
 
*
 
Comme il n’y a que sept jours dans une semaine,
on en oublierait les mois, et les saisons, et les années,
s’il n’y avait le miroir
derrière le pilulier.
 
*
 
Ça reprend tout au début, un pilulier.
Quitte à se bercer de l’illusion
que tout recommence, qu’on rejoue le jeu :
« Cette semaine ça ira mieux. »
 
On vide les cases une à une,
puis le dimanche soir,
on y dépose
les cachets, les gélules, les pilules, les poudres, les granulés
dont les noms ressemblent parfois à des îles lointaines
ou à un week-end à Venise au temps de l’acqua alta.
 
« Viens, on va jouer à la dînette et remplir les petites boîtes. »
Encore l'enfance qui pourrait s'inviter là.
 
On fait défiler la pharmacopée et toute la galénique.
 
« Tiens, avant, celui-là,
ils le donnaient en comprimé.
C’est drôle comme mot, "comprimé" :
ça appuie sur la cage thoracique
et c’est parfois dur à avaler
quand ça se répète
depuis des années. »
 
*
 
C’est joli, les noms de la semaine sur le pilulier.
C’est plein d’astres, de dieux et de déesses,
qui veillent
sur chaque heure,
semaine après semaine,
qui veillent
sur les humains
qui essaient malgré tout… de danser
même si leurs pieds… rasent les trottoirs…
même si… leur corps épuisé… doit s’asseoir… de plus en plus souvent… sur un banc.
 
 
Ils parlent à leur fatigue,
doucement, et concentrés,
pour ne pas prononcer un mot à la place d’un autre,
et ils lui disent :
« Regarde, regarde : les saisons ont changé. »
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