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  • : Au tour de Clo
  • : Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.
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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 16:18

Les magazines exhortent leurs lectrices à faire du tri, à organiser, à sélectionner, empiler, classer. Autrement dit : à ranger.

Pas que les magazines d'ailleurs. La société tout entière veut, exige, ordonne que l'on soit ordonné.

Il faut ranger, devenir minimaliste.

Rien qui dépasse, tout à sa place, pour plus d'espace, ça c'est la classe !

...

...

Je déteste ça.

 

Ranger son bureau, le bureau de son bureau et le bureau de l'ordinateur posé sur le bureau du bureau.

Je déteste ça.

 

Ranger sa cuisine, étiqueter les pots, les boîtes, les disposer par ordre croissant. Les légumineuses avec les légumineuses, les céréales avec les céréales, et les conserves avec... les conserves. Vous l'aviez deviné, aucune surprise.

Je déteste ça.

 

Ranger ses livres par ordre alphabétique, par thématique, par problématique, par époque, les épiques, les provocs, les pratiques, les Amerloques, les Soviétiques, les classiques, les loufoques.

Je déteste ça.

 

Ranger ses vêtements par saison. Les débardeurs, les shorts, les jupettes, les T-shirts, les polos, les pantalons en lin parfaitement repassés dans la partie été du dressing. Les pulls, écharpes, moufles, pantalons en velours côtelé, sous-pulls en thermolactyl dans la partie hiver. Les jeans, chemisiers à manches longues, tuniques, robes mi-mollet dans un entre-deux parfaitement aménagé s’apparentant aux limbes du prêt-à-porter, sorte de purgatoire s’adaptant aux caprices de la météo.  Il pourrait faire 28°C en févier... Ranger ?

Je déteste ça.

 

Je suis une fille totalement dérangée. Je l'ai toujours été. Au grand dam des grandes dames qui me disent d’ailleurs : "Mais tu es folle de vivre dans ce foutu fatras !" Oui je suis dérangée. Et je me suis toujours arrangée avec le fait de ne pas aimer ranger.

 

Je préfère perdre du temps à farfouiller dans mes boîtes de thé, feuilleter mes bouquins, faire des tas de vêtements, des tas de feuilles, des tas de tas.

Ça vous dérange ?

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1 avril 2020 3 01 /04 /avril /2020 08:32

En ce moment les gens parlent beaucoup de ce qu'ils ressentent en leur for intérieur. "En mon for intérieur je sais ce que je dois faire..." "J'étais bien résolu, en mon for intérieur, à changer les choses." Ils disent ce genre de phrases, les gens... Et avec une force de conviction !

 

Quand les autres me parlent de leur for intérieur, je les imagine super puissants. Une lumière éclatante irradie de tout leur être, je cligne des yeux tant ils m'éblouissent, je me liquéfie devant leur aplomb et leur assurance. En ce qui concerne leur intérieur, je ne sais pas, mais ils ont un for extérieur qui m'impressionne beaucoup.

 

Personnellement, en toute conscience, je ne sais pas si j'ai moi-même un fort intérieur.

Je me suis penchée sur mon nombril, je me suis sondée et suis partie à la recherche de ce fort, à l'image d'un chevalier de la Table ronde fébrile engagé dans la quête du Graal. Avant de le trouver je me suis attachée à le définir. J'ai cherché ce que pouvait être mon fort intérieur. J'ai fouillé, débroussaillé, éclairci les idées.

Un donjon ? Je ne crois pas. Je ne suis pas trop dragons, ni chaînes en fer, ni menottes de chevilles, rien de tout cela... Mon fort intérieur est peut-être plus une petite tourelle. Pas vraiment un fort offensif. Du défensif, et encore... Mon fort intérieur ressemble davantage à un fort de confort. Une petite forteresse aménagée avec des petits coussins et des tentures vives et colorées.

 

Si je me compare aux autres portant leur armure de convictions, leur bouclier de certitudes, je réalise que mon fort est plutôt faible.

Et plein de failles.

Il peut prendre l'eau quand il y a des tempêtes. Il faudrait que je fasse des travaux. La toiture déjà. La toiture c'est terrible. Les autres me le disent parfois : Oh ! Toit ! Toit !!" Les fondations quant à elles ont l'air solides mais je devrais quand même les renforcer.

 

Je me suis demandé si je n'avais pas, pour ma part, plutôt un faible intérieur. Cela sonne plutôt juste quand je dis : "En mon faible intérieur je suis convaincue de n'être pas convaincue de grand chose." Parce que c'est vrai que je dis souvent "J'ai un faible pour ceci ou cela" : j'ai un faible pour la tarte au citron, j'ai un faible pour les gens qui louchent.

Mais on ne peut pas baser ses convictions sur les agrumes et le strabisme.

Peut-être ai-je un for faible et des faibles forts ?

Il faudrait que j'y réfléchisse en retapant les coussins de la petite bâtisse pleine de fissures que je porte en moi.

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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 15:25

Quidam très distinguo a priori incognito sur internet. Forum gratis... Focus : libido ! Cumulus maximum.

 

Omnibus. Rendez-vous intra-muros devant post-scriptum.

Malus ! De visu, erratum ! Persona non grata : Quasimodo !! Stimulus minimum… Libido cactus…

« Mea culpa… Grosso modo, quiproquo agenda. »
Veni vidi mais pas vici du tout…

Un peu plus tard en rentrant chez lui in extremis :

Fiat lux. Curriculum vitae stricto sensu :
- Te deum ?
Rictus…
- Optimum.
- Optimum ? Alibi !
- Nota bene, nota bene !
- Presto ! Te deum ?
- Intra-muros…
- Miserere !!
- Angelus… Piano piano…
- Ultimatum !!
- Memento angelus… Errare humanum est… Ad vitam aeternam.
- Manu militari extra-muros !! Illico !!
- Angelus !! Consensus… Mea culpa…
- Motus !

Mais bon, il dut se faire une raison…

Referendum, vox populi… Extra-muros…
Sanatorium, ad patres, requiem, alléluia…

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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 14:04

On m’a offert un livre

Assez pédagogique

Pour apprendre à mieux vivre,

Plein de conseils pratiques

Parfois même illustrés.

Un joli manuel,

Justement sous-titré

« Dév’lop’ment personnel »

Invitant le lecteur

À devenir lui-même,

Un être à la hauteur

Qui s’estime et qui s’aime.

 

 

Et après l’avoir lu,

Le coach vous garantit

Que vous ne serez plus

Un ignare abruti.

Vous serez inspirant,

Vous serez un modèle,

Bien plus intelligent

Calme et spirituel.

 

 

Je me fais un devoir

De vous livrer ici

Des astuces à savoir

Et à mettre à profit :

Commencer sa journée

En écrivant deux pages,

Serrer le périnée,

Travailler son gainage,

Lire un peu, vingt minutes,

Tracer un mandala,

Se définir un but,

Finir un canevas,

Avaler un citron

À jeûn chaque matin,

Quelques génuflexions,

Une tisane au thym

Du yoga, du Pilates

(C’est selon votre envie)

Et un jus de tomate

Avec du céleri.

 

Penser à respirer

Sur un rythme ternaire

Et à se répéter :

« Je veux et peux tout faire. »

 

Faut être créatif,

Mais bien sûr bienveillant !

Faut être positif,

Devenir résilient.

La colère, c’est pas bien :

On doit sourire au ciel !

On doit créer du lien

Par les huiles essentielles.

 

Bien sûr pas de café,

Et pas de nicotine.

Tu manges équilibré,

Tu prends des vitamines,

Tu remercies la pluie,

Le vent et le soleil.

Se plaindre, c’est fini

Car la vie est merveille !

 

Finis psys, médecins,

Et tout le tralala

Tu te retrouves enfin,

Répétant ce mantra :

« Je suis seule, je suis bien,

Suffisante à moi-même.

Mon esprit est serein.

C’est moi et moi que j’aime ! »

 

Tout ton emploi du temps

Est calé sur ces choix,

Parce que l’important,

C’est toi, c’est toi, c’est toi !!

 

 

 

Pour moi ce livre-là

Est vraiment  primordial :

Il a le bon format…

Pour l’armoire qu’il cale !

 

 

 

Car je hais ces bouquins

Qui grouillent et envahissent

Librairies, magasins,

Jusqu’au vendeur d’épices.

Sous couvert d’ « aller mieux »,

De « trouver son chemin »,

On achète du creux

Et décrie son prochain.

J’en connais comme ça,

Très souples du bassin,

Championnes de yoga

Qui ne comprennent rien.

 

 

C’est  « moi d’abord » partout,

L’individualisme

Toujours au rendez-vous

Aux dépens du civisme

Et de l’humanité :

« Faut courir le dimanche

(Sans jamais regarder

Le gars qui fait la manche) »

On dit des inepties

Aux gens qui sont malades,

Du genre : « Ben c’est ta vie

Si t’es dans la panade.

Mais tes problèmes, c’est rien.

Arrête d’en parler :

Un bain au romarin,

Et voilà c’est plié. »

 

 

Mais elles sont invivables

Ces injonctions constantes !

Non, on n’est pas capable

Seule d’être performante !

Pour faire face au chagrin

La perte d’un boulot,

Je préfère qu’un copain

Me tapote le dos

Que méditer à fond

Sur mon plexus solaire !

Basique, je réponds

À mes instincts grégaires.

 

Et je peux me tromper,

Quitte à être blessante,

Et après m’excuser,

Erreur d’une vivante.

Je veux dire mes révoltes,

Partager mes espoirs !

 

Pas, mixer, désinvolte,

Des fraises avec une poire…

 

 

Du développement

Que l’on dit « personnel » ?

Je vis avec les gens

Et là est l’essentiel.

Il est venu le temps

De se faire attentif

Au développement

Humain et collectif.

Car il est plus vital,

Plus urgent, il me semble,

De penser collégial :

Panser le monde ensemble !!

 

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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 17:02

Texte répondant à la contrainte oulipienne du prisonnier. Il s'agit pour le prisonnier d'économiser le papier et d'écrire une lettre à quelqu'un de son entourage, et pour cela, il s'abstient d'utiliser des lettres qui "montent" comme le h, le t, le b, etc, et de lettres qui "descendent" (q, y, g, etc).

 

sous un vernis irisé ,
nous avons connu une ivresse immense,
nos vœux exaucés sans cesse
en camaïeux roses souverains…

nous avons couru vers une rive, vers une mer encore inconnue,
erré sur son écume, ses remous, ses marées
nous avons souri aux navires, aux oiseaux marins,
usé nos voix en cris ravis,
renversé un encrier sur nos mémoires

nous avons suivi un rêve
comme on crée une maison, ou une aurore,
nous nous sommes amusés,
nous avons ri et inversé nos raisons

mais un venin sans merci
a visé nos cœurs amoureux,
arasé nos noms sacrés

sans savoir sa cause
un massacre amer avance :
érosion ou ennui

ce soir nous ruminons
sur nos vies mesurées...
murées en nos noirceurs,
nos âmes sœurs anémiées,
cassées,
essorées

nous économisons nos sourires, nos murmures...
sous nos armures, nos mains croisées sans se saisir,
sous nos cuirasses, nos caresses anciennes évanouies,
sur nos écorces, une eau versée arrose nos romances en morceaux

nous n’osons nous souvenir...
un amour si sucré...

saurons-nous encore raviver sa saveur
où est sa source
avons-nous un sérum une cure un recours

ou sinon, rassure-moi
et écrivons sur nos murs :
oui, ça aura eu un sens

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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 11:22

Sur toutes les lèvres en ce moment, il n'y a qu'un mot : résilience. "Il faut résilier." C'est dans l'air du temps, la résilience. Je l'entends beaucoup autour de moi.

Les gens résilient à tout va. Ils n'étaient pas contents, en colère, parfois même effondrés, traumatisés par des abonnements qui leur sortaient par les yeux. Forcément à un moment, face à la pile qui s'accumule, en concédant qu'effectivement, au bout de quelques années ça prend beaucoup de place, ça envahit jusqu'au grenier, des cartons remplis, ils ont décidé que les choses devaient changer. Alors ils résilient. C'est comme ça.

Abonnés à un comportement ou à un mode de pensée qui ne convient plus, il faut y mettre un terme et évoluer. C'est ce que les gens disent. Mais parfois il en coûte de résilier ! Beaucoup promettent de résilier sans frais mais il y a toujours les petites lignes du contrat. Parfois on paie, même longtemps après. Pour tous les abonnements ça marche comme ça. Et puis aux dates anniversaire, on est à nouveau sollicité… Difficile de ne pas se réabonner.

 

Pourtant, qu'est-ce qu'il y en a, des gens qui résilient ! Après le choc du départ du voisin avec sa belle-sœur, la voisine résilie. Après la fermeture de son usine, l'ouvrier résilie. Après être devenu aveugle, le vieil homme résilie. Mais que sait-on vraiment de ces résiliences ??

Mais peut-être que c'était le voisin, et pas la voisine, qui était abonné ? Mais peut-être que l'ouvrier n'avait plus de sous pour rester abonné ? Peut-être que l'abonnement n'existait pas en braille ??

 

On m'invite souvent à résilier moi-même. "Tu devrais résilier." Mais moi j'aime bien mes petits abonnements. Parfois je résilie et après ça me manque. Je n'ai rien à me mettre sous la dent pour raconter.

"Tiens j'ai ouvert dernièrement un de mes cartons avec mes abonnements. Je peux te raconter si tu veux.

- Comment ?? Mais tu n'as pas résilié ??

- Ben non.

- Il faut résilier, faire le vide, c'est mieux pour le karma."

Le vide ? Mais j’ai déjà dit que souvent j’ai mal au vide ! Pour me convaincre ils s'appuient sur des modèles de résilience.

"Tu verras c'est formidable, la flexibilité que l'on trouve dans la reconstruction ! Ou la reconstruction qu’on trouve dans la flexibilité ! Tu l'as aussi en toi, cette capacité à rebondir après un traumatisme.

-Ah non je t'assure, je n'ai pas ça. La dernière fois que je me suis cogné le gros orteil contre un des cartons de mes abonnements, il n'a absolument pas rebondi, mon orteil. Il a gonflé et j'ai dû porter des tongs pendant 3 jours."

Quand on me parle de résilience, souvent je suis aux abonnés absents.

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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 16:49

Elle s'habillait tout en cuir,
Et lui, préférait le velours.
Il voulut lui faire la cour,
Elle tenta de le séduire.
Haut perchée sur ses escarpins
En véritable galuchat,
Doucement elle s'approcha...
Il frôla sa veste de daim...
En la fixant de ses yeux doux
Il ébaucha trois pas chassés
Dans son pantalon côtelé
Et sa chemise ras du cou.
Lorsqu'ils voulurent dialoguer,
Cela fit tout un pataquès :
En une épaisse bouillabaisse,
Leur liaison a commencé.

 


Elle parlait avec des cuirs :
"J'aime tes grands t'yeux t'enfiévrés!
J'ai beaucoup t’à te raconter.
Tu vas t'au bar ? Je veux t'un kir !"
Quant à lui ce n'était pas mieux,
Tout en velours dans ses paroles :
"J'ai vraiment z'une chance folle.
Je me sens vraiment trop z'heureux.
Mais j'ai z'un doute qui m'étreint :
As-tu bien plus de dix-huit z'ans ?
Je dois savoir, c'est z'important...
Voir si on peut z'aller plus loin..."
"N'aie pas de crainte, viens t'à moi !"
"J'aimerais te parler z'encore..."
"Je n'ai pas t'assez vu ton corps,
Oh ! Allons t'ensemble chez toi !"

 


Son bustier était tout en cuir
Et lui prit un complet velours
Pour concrétiser leur amour
Et devant le maire s'unir.
« Oh vois comme c'est z'émouvant
Quand on en vient z'à se marier !
On a au moins cent z'invités
On a vraiment tout fait z'en grand. »
« Notre liaison t’anodine
A t’engendré un vrai roman !!
Nous aurons au moins trois t'enfants,
Des chiens t’agiles et deux berlines."
Elle le répétait sans cesse :
"Oh je veux tant des t'animaux
Pour nos t'adorables marmots,
Un prince et deux jolies princes
ses !"

 

 

Mais parfois il peut vous en cuire
D'avoir exprimé des vœux lourds.
Sur les trois fruits de leur amour
Un fléau vint à se produire.
Ils furent atteints de psilose
(Pas un cheveu sur le caillou !),
"Des yeux comme ceux des z'hiboux",
Et leur langage était grandiose.
"Nous n'aimons pas les z'haricots !!
On veut des z'homards, des z'harengs !!
Sous les z'hourras, on crie Maman
Et Papa sont des vrais z'héros !!"
De psilose en cuir et velours
Leur vie fut tout un pataquès,
De ces liaisons sans maîtresse
Où la langue vous joue des tours.

 

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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 11:28

Je ne sais pas comment elles s’appellent.

Je les vois pourtant une fois par semaine depuis plus de trois ans. Je devrais savoir.

Elles ont leur prénom épinglé sur la poitrine, sur leur blouse rouge. Une blouse aux couleurs de l’enseigne.   

Je crois qu’il y a Sylvie et Maryline. Je crois, je ne suis pas sûre, je me trompe peut-être. Les autres, je ne sais plus. Pourtant je les ai lus, leurs noms, plusieurs fois. Mais je me souviens toujours mieux des visages que des noms. Quels que soient les gens.

Je me souviens mieux des goûts que des professions, d’une blague que d’un trajet, d’un sourire que d’un discours. En une rencontre je peux retenir que tu n’aimes pas le fenouil ni le chocolat blanc, que tu adores le hard metal, que tu dis « Bien bien » en fronçant les sourcils quand tu veux changer de sujet, mais je ne te garantis pas de me souvenir que tu es ingénieur, et ne me demande pas dans quel domaine, même si tu me l’as répété… C’est comme ça. Pour toi comme pour les autres.

Ce n’est pas par manque d’intérêt, je me souviens de ce qui crée de l’émotion, de ce qui fait que tu es toi. C’est pour cela que je me rappelle mieux les visages. Parce qu’ils sont passionnants les visages, avec leurs doutes et leur réalité en demi-teinte, et leurs joies, et leurs soucis. Les voix aussi, je m’en souviens bien, comment elles disent bonjour, merci, au revoir. Les nasillardes, les aigues, celles au joli timbre, les enrouées, les fatiguées.

Les noms, au final, c’est comme les noms de tout le monde, ce sont des noms… Il faudrait déjà qu’on se connaisse un peu pour que ton nom éveille une lueur ou une inquiétude.

 

Je ne sais pas comment elles s’appellent. Pourtant, elles, connaissent tout de moi, ou presque. Enfin, ce que je consomme… Elles savent ce que j’ingurgite, ce qui m’alimente, ce qui entre en moi. Si on est ce qu’on mange, alors elles en savent beaucoup. Avec un biais tout de même parce que les fruits et les légumes, je ne les prends pas là, je les achète au marché. Parce que c’est bio, meilleur et moins cher. Si, c’est vrai, j’ai comparé les prix. Pour le reste, c’est avec elles.

Quand je les vois dans la rue ou dans un autre magasin, je les reconnais, parce que je reconnais mieux les visages, je te l’ai dit. Alors je leur dis bonjour. Et elles sont surprises parfois, elles voient passer tellement de monde, elles ne peuvent pas se souvenir de tous les clients. Puis elles, elles n’ont que les visages, pas les noms, pour peu qu’elles se souviennent mieux des noms… Peut-être que je devrais épingler mon prénom sur mon manteau ? On ferait ainsi connaissance.

 

Je ne sais pas comment elles s’appellent mais j’ai envie de leur dire merci et de leur acheter des chocolats. Mais je ne connais pas leurs goûts. Faudrait que je leur demande, aux caissières de l’Intermarché de Brézillet, ce qu’elles aiment comme chocolats, parce qu’après trois ans, je devrais quand même le savoir. Puis promis, j’essaierai de retenir leurs prénoms en plus de leurs visages. En la regardant dans les yeux, sans zieuter sur son badge, je dirai avec gratitude : « Merci Maryline. »

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 19:24

Il a plu. L'air est frais. Les fourmis se réveillent.

Derrière les volets fume un bol de café

Où barbotent de bons morceaux de pain beurré.

Elle y glisse deux sucres, penchée sur son sommeil.

 

Maman a mal au dos, et un peu à l'épaule,

Et pour le soulever, elle rit. Et il râle.

Sur le fauteuil roulant où les heures s’installent,

Tous les jours sont ainsi et chacun joue son rôle.

 

Et les mêmes matins sans hâte se répètent.

La main ferme à côté de la main violette,

Elle parle pour deux pour meubler le silence.

 

Mon père écoute et pense et parfois son œil tremble.

Savoir vivre de peu, de quelques pas de danse,

Et ne rien demander qu’un jour de plus ensemble.

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18 mars 2020 3 18 /03 /mars /2020 10:52

J'ai perdu le fil

Le fil à couper le beurre

Le beurre dans les épinards

Pinard dans un verre à pied

À pied on n'va pas plus loin

Plus loin que le bout d'la rue

La rue qui me fait tanguer

 

 

J'ai perdu le fil

Le fil en aiguille

Aiguille dans la laine

L'haleine et le souffle

Le souffle du vent

Du vent dans les voiles

 

 

J'ai perdu le fil

Le fil à la patte

Le fil à retordre

Le fil du rasoir

Qui a coupé le fil

Que j’avais perdu

Dans la grande ville

Auquel, qui l’eût cru,

Mon cœur en exil

S’était suspendu

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