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  • : Au tour de Clo
  • : Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.
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4 septembre 2018 2 04 /09 /septembre /2018 14:14

Au milieu d'un grand jardin

Plein d'orties et de mourons,

Un bourdon un peu chagrin

Se languit sur un greffon.

"Assez de tous mes pépins !"

Il se plaint et se morfond.

"Ça sent vraiment le sapin

Et j'en ai ras le pompon."

 

Le greffon d'un ton badin

Se mêle à ses réflexions :

"Que fais-tu de bon matin

Sur le seuil de ma maison ?"

Mais l'insecte peu enclin

Aux grandes conversations

Se tait et ronge son frein.

L'autre poursuit son jargon :

 

« T'es perdu sur le chemin.

T'as les idées en siphon

Entre brouillard et crachin.

Moi aussi, qui suis greffon

D'un pommier très anodin,

J’ai quelquefois le bourdon.

Mais je sais que les pépins

Font parfois des rejetons

Inattendus, et c'est bien,

Ça met de l'animation. »

 

Comme il s’est fait un copain,

Le tristounet vagabond

Se sent soulagé un brin.

Il est sympa ce greffon...

Et parcourant le lopin

Dans un vol de rigaudon,

Il fredonne ce quatrain

Au-dessus des bleus chardons :

 

"Pas de pommier sans pépin,

Pas de neige sans flocon,

Pas de navire sans marin,

Pas de bourdon sans bourdon."

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3 septembre 2018 1 03 /09 /septembre /2018 09:33

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Peu à peu familier des parchemins mille fois parcourus,

Tu donnes le temps à l'intime, aux détails confidentiels.

 

Tu écoutes la parole des pierres fidèles.

Elles te rappellent qu'aucune autre maison n'est semblable à la tienne.

Tu n'y retrouverais ni les mêmes ocres, ni les mêmes nuances poudrées,

Ni le même reflet du jour sur les vitres,

Ni le même écho du mouvement de la rue

(les klaxons, les cris, les chansons à ta porte),

Ni le même silence.

 

Rien n'est pareil à rien.

On ne brise pas la solitude en cherchant les similitudes.

Aucune autre maison n'est semblable à la tienne.

 

Tu connais par cœur les sillons et les traversées,

Les détours qu'emprunte la pluie quand elle ruisselle sur la façade

Et qu'elle y trace des traits plus sombres.

 

Vois comme les feuillages, écrin vert et bruissant, étrangement se rapprochent.

Vois les pièces manquantes qu'on ne peut remplacer,

Et la patine des heures dormantes.

 

Tu es parti depuis longtemps

Mais les pierres ne t'ont pas oublié.

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31 août 2018 5 31 /08 /août /2018 22:42

Quand sa devanture s'éclaire,

S'électrise la silhouette

De la vive pâtissière,

Sauts de chat et pirouettes.

 

Est-elle fée ou bien sorcière ?

Plutôt balai ou baguette ?

Car c'est extraordinaire

Comme elle remplit les assiettes

De petits choux et d'éclairs,

De babas, de tartelettes.

 

Quelle magicienne culinaire !

Et jamais rien ne l'arrête !

Tout est prêt en un éclair,

En un soupir d'allumette.

 

Elle n'entend pas à l'arrière,

Sous ses chansons guillerettes,

Son époux atrabilaire

Qui se plaint et qui tempête.

Lui, n'a pas son savoir-faire

Pour les miches et les baguettes :

Le boulanger est amer

Quand sa femme chante à tue-tête.

 

Mais son blues est éphémère

Car d'un seul coup de baguette,

La fée extraordinaire

Lui pétrit un cœur poète :

"T'es une crème, ma pâtissière.

Tu me mets la vie en fête."

Et le magasin prospère

Aux bonjours de la clochette.

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30 août 2018 4 30 /08 /août /2018 08:46

Débordé face à la pile

De cent dossiers qui s'entassent,

Si on fronce les sourcils

Quand on se sait dans l'impasse,

Même si on les épile,

Ça se voit sur notre face

Suivant qu'elle reste immobile,

Suivant qu'elle soit lisse ou lasse.

 

 

Si on se fait de la bile

("Oh là ça passe ou ça casse !"),

Si on a perdu le fil

Ou peur de perdre la face,

Si on se sent malhabile

Et prêt à couler la brasse,

C'est qu'on a usé les piles

Et que tout ça nous dépasse.

 

 

Alors un conseil futile

Afin que tout ça se tasse :

Quand on se croit inutile

Au bureau ou dans sa classe,

Au lieu de rester fébrile,

Parfois le mieux que l'on fasse

Face à un choix difficile,

Le jouer à pile ou face.

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29 août 2018 3 29 /08 /août /2018 10:49

La lune se tient sur mon balcon !

Je n'ose pas la déranger.

Elle est venue se reposer

Juste à côté de mon ballon.

 

Elle lui raconte qu'elle a le spleen,

Que ce n'est pas toujours facile,

Qu'elle se fait souvent de la bile,

Qu'à la fin sa santé décline.

 

Je dois rêver ! C'est impossible !

La lune est là, échevelée.

Elle porte un peignoir délavé

Qu'elle resserre d'un air impassible.

 

Puis elle allume une cigarette

(Ses cheveux sentent le tabac froid).

Elle tousse et s'éclaircit la voix :

"Ah ! Vivement que ça s'arrête…"

 

Elle pose un regard anthracite

Sur mon ballon qui ne dit rien :

"Toi qui te tais, je t'aime bien,

J'te prendrais bien pour satellite..."

 

La lune a des cernes bleutés.

"Tu sais, petit, le taf de nuit,

Parfois on s'endort, on s'ennuie,

Et puis c'est pas bien cher payé...

 

Mes collègues de boulot sont louches :

Des trafiquants, des excentriques,

Des filles du vent, des as de pique,

Pros de l'embrouille, des escarmouches."

 

Derrière la vitre elle m'a vue !

Elle vocifère, la lunatique :

"Au lieu de rester là statique ,

Va donc plutôt me faire un jus ! "

 

Sans sucre, elle avale son moka

(Mon ballon lui ne veut rien boire).

Je reste écouter ses histoires,

C'est pas tous les jours qu'on vit ça !

 

"Quand j'ai signé, quand j'ai dit oui,

Je croyais que ça serait bien

De travailler dans l’aérien,

Mais je n’suis plus épanouie. 

 

En faisant le tour de la Terre

Je vois l'horreur des incendies,

Des ouragans, des tsunamis,

Des famines, des bombes et des guerres.

 

Des baleiniers, des catastrophes,

Et l'esclavage, et la douleur,

Et la misère noyée de pleurs

De ceux qui parfois m’apostrophent."

 

Elle jette un œil sur le journal

À la page des offres d’emploi,

Mais elle le replie sans émoi

Et dans un soupir boréal :

 

"Tu sais, j'ai l'âge de mes cratères :

Les avions me donnent le tournis.

Je vais raccrocher, c'est fini

Et me trouver un pied-à-terre."

 

Je suis effondrée à l’entendre.

J’ignorais tout ce côté sombre,

Ce triste qu’elle gardait dans l’ombre,

Ces confidences au goût de cendre.

 

J'ai peur qu'elle ne fasse une bêtise :

Road trip vers les constellations.

On verrait aux informations

Que la lune a fait sa valise.

 

"Tourner autour de ta planète

Régler les horaires des marées,

À force je me suis lassée

Il est temps de faire place nette.

 

Et puis faut dire que je suis seule

Quand je rentre chez moi le jour.

Ne m'y attendent ni amours,

Ni petit chat ni épagneul."

 

Son peignoir camoufle un sanglot.

Sur ses chevilles tombent ses bas.

Je n'aime pas la voir comme ça

Jeter vers le ciel son mégot.

 

"C'est un chagrin de solitude,

J'ose murmurer à son oreille.

Quand ça m'arrive, c'est pas pareil,

J'aimerais prendr' de l'altitude."

 

"Eh bien ! je te cède ma place

Si tu la juges si enviable !

Mais gare à vendr' ton âme au diable

En voulant conquérir l'espace."

 

"Là n'est pas du tout mon envie !

Restez La Lune ! Restez Sélène,

Des noctambules la gardienne.

Je veux vous voir briller la nuit !"

 

La lune a des larmes d'argent

Sur ses joues pâles de fumeuse.

Je la contemple silencieuse,

Prends mon ballon et le lui tends.

 

« Je vous le donne, prenez-en soin.

Mais retournez, je vous en prie,

Faire vos tours de piste infinis.

Toujours je vous verrai de loin. »

 

Certains soirs dans mon télescope,

J’aperçois parfois mon ballon :

La lune est belle, il fait des bonds

Tout près de son paquet de clopes.

 

 

(© Clotilde de Brito 2018 - tous droits réservés)

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23 août 2018 4 23 /08 /août /2018 09:04

 

 

 

Au pied des murs abandonnés,

Les boussoles se fatiguent,

Toutes dirigées vers un zénith qui sommeille.

 

Mais toi,

Rescapé de tant de naufrages,

Tu te repères sur les cartes gravées

Dans les murs de l’inoccupé et du sauvage.

 

Tu sondes l’invisible.

Tu pressens l’intérieur.

 

C’est pour cela que la pulpe de tes doigts frappe parfois les portes métalliques :

Tu as appris, sans t’en douter, d’autres façons de compter le temps.

 

C’est pour cela que tu imagines, la nuit,

Des créatures aquatiques échappées de légendes séculaires,

Et le frémissement de leurs longues chevelures,

Léger comme le souffle caressant les champs juste avant la moisson.

 

Des veilleurs s'engouffrent dans les ruelles adjacentes

Pressés par la voix grave d'un carillon d'église désertée.

 

Sur ton radeau,

Tu attends qu’une sirène ouvre la porte.

 

 

(© Clotilde de Brito 2018 - tous droits réservés)

 

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23 août 2018 4 23 /08 /août /2018 08:47

 

 

Bien sûr, les façades n'exposent que la surface.

C'est même ainsi qu'elles se définissent.

 

Elles ne montrent rien de la profondeur de l'existence,

Rien des mouvements qui la traversent,

Rien de l'onde vivante qui la porte.

 

On aurait tort de croire que tout est immobile à l'intérieur

Sous prétexte que rien ne s'agite à l'extérieur.

 

Les façades sont des lacs,

À la fois miroirs et coffres au trésor,

Masques et écrins,

Semblables à ces êtres immobiles

Que des milliers d'idées parcourent

Et dont on ne devine rien.

 

Pêcheur patient,

Statue vivante,

Tu restes sur la rive.

 

Les passants te croisent et ne te voient pas.

 

 

(© Clotilde de Brito 2018 - tous droits réservés)

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21 août 2018 2 21 /08 /août /2018 09:58

Quand nous avons du souci,

Que nos yeux s'embuent de larmes,

Que nous disons "C'est ainsi",

Certains hommes y voient du charme.

 

Pourtant c'est dans l'éclaircie

Que nous déployons nos armes :

L'astuce et la fantaisie,

La musique et le vacarme.

 

Jamais je ne me soucie

De plaire et lancer des charmes.

Cueillant les roses et la vie,

Personne ne me gendarme.

 

L’existence que j’ai choisie

Et qui en rien ne m'alarme :

Faire des  bouquets de soucis

Et danser autour des charmes.

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21 août 2018 2 21 /08 /août /2018 09:03

Je l'ai constaté dernièrement : comme de plus en plus de monde, je deviens allergique au laid. On n'en parlait pas il y a encore quelques années. Comme si c'était un peu tabou. Le tabou "laid".

 

Je digérais très bien le laid avant. Tous les jours j'avais ma dose de laid, dès le matin. Quand on est habitué au laid, on ne pense même plus que c'est du laid. On ingère, on avale, et c'est ainsi que vont les choses.

Et puis un beau jour (c'était vraiment un beau jour), il n'y avait plus de laid au réveil. Tout me semblait beau, même les choses les plus insignifiantes : le bottin, le bovidé, le bocage, le bohème, même le bolet. Et la preuve que le beau change tout : il vaut mieux un bovidé qu'un vidé.

 

Tout se transforme quand on le fait beau. Alors maintenant en présence de laid, j'ose le dire : "Excusez-moi mais je suis allergique au laid.

- Ah pardon, et qu'y peut-on ?

- Pourriez-vous remplacer le laid par du beau si vous en avez ?

- Je vais voir ce qu'il est possible de faire."

 

Les gens sont compréhensifs, ils ont pour la plupart dans leur entourage quelqu'un qui est aussi allergique au laid. Par ailleurs certains me disent :"J'ai testé une semaine sans laid, je ne sais pas si c'est ça ou le beau temps qu'il y a eu ces derniers jours, mais en tout cas je me sentais mieux." Je leur réponds :" Ah ! si le temps était beau en plus !"

 

Comme le laid entre dans plein de choses, c'est difficile de renoncer à tout. Mais j'essaie de mettre du beau à la place. Et j'ai quand même beaucoup moins mal au vide depuis que je sais que je suis allergique au laid...

 

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20 août 2018 1 20 /08 /août /2018 23:30

 

De l'autre côté de la rue il manque une fenêtre sous laquelle tu venais parfois attendre.

 

À l'absence du bois craquelé des huisseries

Répond encore la luxuriance des contours.

 

Alors tu dessines

La géométrie des mirages,

Les angles droits des songes,

Les sinusoïdes hypnotiques que crée l'illusion des feuillages,

Les arabesques fleuries que tu fais s'enrouler dans le sens du réel.

 

Tu t'accoudes au balcon de ta mémoire.

Ton regard interroge le jeu des ombres matinales et des pavés adoucis.

Te souviens-tu vraiment de cette fenêtre absente ?


 

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