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  • : Au tour de Clo
  • : Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.
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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 11:02

Le sable est sous mes pieds

Le vent est dans ma tête

Accrochées aux rochers

Les vagues se répètent

Se retirent et reviennent lécher la plage triste

Et l’écume en dentelle fait le tour de la piste

 

 

Des labyrinthes courent

Tracés par les marées

Le monde devient sourd

A mes pas esseulés

La mer...

La mer est toujours là, me console du temps

Qui passe entre mes doigts où dansent les absents

 

 

Le sable est sous mes pieds

Le vent est dans ma tête

Et je l'entends crier

Dans le ballet des mouettes

Je l'entends qui m'enivre à souffler ses colères

Quand j'ai la peur de vivre qui m'arrache à la terre

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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 10:03

Quand revient à Venise le temps du carnaval,

Les faces pailletées où les couleurs foisonnent

Retiennent mes regards, même quand j’ai la dalle...

Moralité : le masque harponne.

 

 

 

J’attendais l’arrivée d’un ami au bistrot.

Bourguignon lymphatique, il tardait à venir

Et laissa au patron le temps de me servir

Un Calva puis un autre…

Le mou tarde ? Deux digeos !

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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 19:16

le chien de la veuve

lui chauffe les pieds

lui lèche les mains

et souffle à son oreille

il dort sur ses chaussons

ou parfois dans le lit

il ne sent pas très bon

et alors ? peu importe

c'est chaud ça fait du bien

c'est comme un souvenir

quand il bouge parfois

sa présence rassure

dans son demi-sommeil

elle se prend à rêver

que son homme la berce

comme aux premières nuits

 

le chien de la veuve

a maintenant droit au canapé

à un bout de jambon qu'on lui tend sous la table

il a le regard droit

il l'a toujours fixée au fond des yeux

alors que tant d'humains n'osaient croiser sa peine

 

des poils un museau des traces de pattes partout

quatre kilos tout mouillé

c'est pas grand chose en soi

mais s'il n'était pas là

si elle ne l'avait pas

qui lui dirait encore

que le jour n'est pas mort ?

que le soleil se lève

et que les oiseaux narguent les framboises au jardin ?

qu'il faut ouvrir la porte et le laisser sortir

et laisser rentrer l'air qui chasse les fantômes ?

 

le chien de la veuve

aboie sur les volutes vespérales des tisanes

il gronde contre son ombre

et saute sur les genoux quand viennent les enfants

il renifle parfois l'oreiller de son maître et pousse un petit cri

sent-il son absence ? l'appelle-t-il la nuit ?

 

il sait que c'est ainsi

qu'on ne peut rien y faire

mais que l'eau est fraîche dans le bol

et les balades douces

il sait qu'il faut chasser les mouches

piétiner devant l'écran de la télé allumée

et japper joyeusement quand sonne la grosse horloge

 

le chien de la veuve

vieillit à petits pas

s'oublie sur le tapis

se cogne contre les meubles

et il ne mange plus le jambon sous la table

 

et moi qui sais tout ça

moi qui les connais bien

je remplis la mort dans l'âme la seringue rose

 

"je ne veux pas qu'il souffre" me dit-elle doucement

en caressant le corps amaigri

au poil sali et terne

en jetant un pauvre sourire

sur l'oeil qui s'ouvre à peine

 

tout se fait en silence et c'est déjà fini

"je le mettrai en terre au pied du grand pommier

à l'automne, les fruits tombés seront comme des balles que lui lancera le vent...

et après, moi..."

 

chez elle maintenant l'horloge et le silence

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 20:15

Dans le lit d'à côté, Mme Pauchard mange sa compote. J'entends ses claquements de langue fatigués et consciencieux finir le petit pot qu'elle prend le temps de déguster. Comme elle a une angine, il n'y a que ça qui passe, elle a dit à l'infirmière.

Je sais qu'elle s'appelle Mme Pauchard parce qu'en allant aux toilettes de notre chambre, je l'ai lu sur le tableau blanc en face de son lit, juste en-dessous de l'écran plat de la télé à 3.50 euros la journée. Elle a le côté couloir, Mme Pauchard. Moi j'ai le côté fenêtre. C'est curieux, à l'hôpital j'ai toujours le côté fenêtre alors que dans le train, plutôt le côté couloir. Le train et l'hôpital ce n'est pas la même chose.

Plus tard, j'apprendrai que Mme Pauchard a un prénom : Thérèse.

Mme Pauchard ne devrait pas manger de compote : elle a trop de potassium dans le sang, le médecin a dit. C'est courant chez les insuffisants rénaux en dialyse. Mais c'est le seul moyen qu'elle a trouvé pour prendre son médicament. Le médecin comprend bien, ce n'est pas toujours facile.

Thérèse a quatre filles. Deux sont venues la voir. Je les entends mais je ne les vois pas : on a baissé entre nos deux lits un store vénitien. J'aime écouter leurs trois voix, l'une de ses filles a un joli timbre grave. Comme elles ne me voient pas, elles oublient ma présence, recréent l'intimité du foyer, parlent comme on parlerait après le café du déjeuner dominical, quand on cherche des banalités à dire pour ne pas somnoler à table avant de se lever pour l'habituelle promenade.

Après un silence assez long, la voix grave prend un ton ferme mais tendre pour dire à sa mère qu'il faut qu'elle s'accroche, hein maman, parce qu'elle a besoin d'elle et que ça serait trop dur. Madame Pauchard n'est pas du genre à recevoir des ordres sans rouspéter un peu, elle lui répond que oui c'est bon, elle fait ce qu'elle peut.

"Je t'aime maman", reprend sa fille. L'autre, doucement jalouse, rétorque : "Et moi ?" "Toi aussi bien sûr, mais maman c'est maman." Et elle a bien raison, et la sœur le sait car elle ne dit rien, et moi derrière le store baissé, je sais aussi qu'elle a raison.

Assise dans mon lit, j'écoute Mme Pauchard et ses filles continuer à vivre en oubliant les murs blancs, les draps médicaux, la télé à 3.50 euros, le plateau repas avec le pot de compote vide.

Tout à l'heure quand je quitterai la chambre, je souhaiterai à Mme Pauchard bon courage, ses filles me souriront, je fermerai tranquillement la porte et les laisserai toutes les trois tisser le temps qu'il leur reste ensemble.

Mais pour le moment, j'écoute le monde me traverser et j'écris les empreintes que laisse son passage.

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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 12:20

Petit (gros ?) délire où je réveille des velléités de démiurge ! Ou comment l'auteur de théâtre peut se vouloir tout-puissant...

 

Décor

Un salon meublé en style Louis Philippe, à l'exception d'une chaise Henri II peinte en rose trônant au milieu de la pièce. Bibliothèque en fond de scène possédant 256 livres, rangés par ordre alphabétique des auteurs. Trois tiroirs dans lesquels se trouvent 17 clés. Pieds de la bibliothèque légèrement usés par les 4 précédents déménagements. Huit chaises dont les dossiers sont tournés vers le public. Un tapis de 1956 orange et bleu occupe le cinquième de la scène.

Le soleil se couche 9 fois pendant la pièce. Il se lève 9 fois. On le comprendra grâce à l'ombre changeante sur le plateau. Le coq ne chante pas. Aucun coq ne doit chanter pendant la représentation de la pièce dans un rayon de 25km. Si un coq chante, la représentation doit être annulée et les comédiens battus par les deux plus jeunes spectateurs avec des branches de houx cueillies le 27 novembre par temps de pluie.

 

 

Personnages

- Robert : homme de 55 ans et 3 mois (l'acteur sera changé tous les mois pour les besoins de vraisemblance de la pièce), moustachu, chauve sur le sommet du crâne et portant les cheveux longs tressés à l'arrière. Il porte un survêtement bleu marine et blanc et des baskets violettes. Une serviette blanche à rayures noires lui entoure les épaules. Tout le long de la pièce, il restera assis sur le bord de la chaise Henri II. Ses fesses ne doivent en aucun cas toucher le dossier de la chaise.

- Carole : Femme blonde de 28 ans mesurant 1,79 et chaussant du 37. Pieds nus, elle porte une tunique en soie jaune. Elle est assise à califourchon sur l'une des chaises. Elle changera de chaise pendant les moments où la scène sera dans le noir et s'y installera toujours à califourchon.

- Suzanne : Femme noire de 39 ans à l'accent suisse de l'est très marqué. N'a plus d'annulaire droit. Elle porte une robe en laine rouge, une ceinture noire, des chaussures noires plates à boucle.

 

 

La pièce sera jouée uniquement le mardi et le vendredi en après-midi ou le soir, les jours impairs.

Durée de la pièce : 48 minutes 22 secondes

 

DIDASCALIES

 

 

Suzanne (inquiète, le sourcil droit légèrement relevé, le pied gauche indique un angle de 40 degrés avec le bord de scène où elle se trouve. Tout à coup elle court à l'allure de 6.3 km/h vers la bibliothèque, prend le 58ème livre, et le cache sous sa robe) : Ce que le feu nous a pris...

 

Carole (statique, les yeux fermés) : Dans le tiroir à gauche... non pas là, sous le soleil des armures...

 

Robert (s'arrachant les cheveux) : Mais pourquoi ?

 

Carole (toujours statique, ouvre soudainement les yeux) : L'homme n'a jamais conscience de sa fin.

 

Robert (jetant à Carole une poignée de cheveux) : Je te hais.


Suzanne (en retirant le livre caché sous sa robe) : Il fallait que cela se sache.

 

 

NOIR

 

 

Suzanne (remet le 58ème livre à sa place et prend le 173ème livre) : Ce que le feu nous a pris...

 

Carole (se retourne yeux ouverts vers Carole) : Dans le tiroir à gauche... non pas là, sous le soleil des armures…

 

Robert (en retirant ses baskets) : Mais pourquoi ?

 

Carole (se retourne vers Robert et lui crie) : L'homme n'a jamais conscience de sa fin.

 

Robert (jetant une basket à la figure de Carole) : Je te hais.


Suzanne (en s'allongeant par terre et en feuilletant le livre) : Il fallait que cela se sache.

 

 

NOIR

 

 

Suzanne (renverse la bibliothèque Louis Philippe, la fouette avec sa ceinture et lance sur le public les 17 clés rangées dans les tiroirs) : Ce que le feu nous a pris...

 

Carole (les bras grands ouverts) : Dans le tiroir à gauche... non pas là, sous le soleil des armures…

 

Robert (se cachant le visage dans la serviette à rayures) : Mais pourquoi ?

 

Carole (se met debout sur sa chaise) : L'homme n'a jamais conscience de sa fin.

 

Robert (se désignant avec les deux index) : Je te hais.


Suzanne (arrachant les pages des livres qu'elle ouvre) : Il fallait que cela se sache.

 

 

FIN

 

Pour tout commentaire argumenté de la pièce, merci de formuler votre demande auprès de l'auteur (moi-même). Quelques pistes : 256 c'est "2 puissance 8", donc 2 à la puissance de l'infini renversé.... Il y a 17 clés, 179cm, une pointure 37, uniquement des nombres premiers, donc indivisibles !!! Cette pièce aborde, via ses didascalies, l'indivisibilité du monde et la rage contre son caractère supposé infini (signifié par le renversement du 8)... L'absence d'annulaire à la main de Suzanne, l'incapacité de Robert de toucher un dossier, la couleur jaune de la tenue de Carole sont autant d'éléments pouvant être discutés pendant des jours !!! C'est formidable autant de commentaires possibles, pour un texte écrit en 30 minutes !!!!

 

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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 22:55

Ici c'est sec et c'est ça que j'aime.


Là où je vis, il y a tellement de pluie que j'en chavire des trombes d'eau, que je me noie de délavé.

Liquéfiée en eau douce.

 

Ici c'est sec. L'eau est précieuse comme une goutte sur un fil.

 

Equilibre précaire.

Magie de cet équilibre.

L'eau contre la poussière.

La poussière qui se soulève du sol et l'eau qui éventre le ciel.

La paille couchée sur la terre rouge agglomérée en caillots friables.

Et avant que les hommes ne forment les paysages, les paysages forment les hommes.

 

Murets de pierre sèche.

Ramasse les caroubes,

Mets dans les sacs de jute,

Ramasse les amandes dans les paniers souples tressés d'osier,

Cueille la figue et l'arbouse pour en faire l'eau de vie,

Irrigue l'oranger avec l'eau de la noria pour que le jus coule sur les mains et dans la gorge,

Choisis le fenouil et le romarin sauvage sur le bord des chemins,

Roule le fruit du figuier de barbarie pour enlever les piquants,

Sur les toits plats de brique rouge, fais sécher la récolte,

Décolle l'écorce du chêne liège,

Frotte la fleur jaune de l'immortelle.

 

L'air chaud suinte l'huile d'olive.

Les chapeaux de paille se baissent.

Les anciens faisaient cela et je le fais moi aussi.

 

Ici les collines empierrées.

Plus loin les bords de mer,

Les pêcheurs aux filets aléatoires,

Et les marins dont on attend le retour.

 

Ici rien n'arrive sans effort.

Les paysages forment les hommes.

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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 08:12

S'ils savaient parler, mes orteils,

Ils glisseraient à mon oreille :

"Plus de chaussures, plus de chaussettes !

Nous on préfère les pâquerettes."

 

Et dans les champs de pissenlits

Ou assise dans les herbes folles,

Sur les draps soyeux de ce lit

Fait de pétales et de pétioles,

J'écoute la chanson pathétique

De mes doigts de pieds qui m'expliquent :

 

"Nous ne voulons plus la contrainte

Du plastique ou d'un cuir trop dur.

Sois attentive à notre plainte

Ou on te fait des contractures..."

 

Alors parmi les pissenlits

Les bras au ciel, tendant le cou,

Libérée de la panoplie

Des lacets, des semelles, des trous,

J'me dis que mes orteils sont chic

De me faire sentir bucolique.

 

'Nous on n'aime pas être serrés

Dans des escarpins tout pointus !

Ça sert à quoi d'être enfermés ?

Nous on préfère aller tout nus !"

 

A l'aise dans les pissenlits,

Les brins de pelouse chatouillent

Jusqu'à mes talons mes envies

De partir d'un coup en vadrouille.
J'crois même que je vole, c'est magique !

Mais v'là mes orteils qui rappliquent :

 

"Nous on t'emmène où tu le veux,

Suffit de nous dire qui te porte !

Si c'est du vent dans tes cheveux,

On lui demande de faire escorte."

 

Alors foulant les pissenlits,

J'm'en vais faire un bout de chemin

Sur mes orteils, mais ça m'ennuie

De le dire... Moi je voudrais bien

Que mes bras déploient, élastiques,

De grandes plumes ergonomiques.

 

Tant qu'à pas avoir de chaussures,

Autant ne plus toucher le sol !

Mes orteils mènent une dictature

Où la pesanteur me désole.

 

Je veux quitter les pissenlits,

Y'a des nuages bien plus sympas,

Des bouts de ciel bien plus jolis...

Pourquoi faut-il que j'reste en bas ?!?
Ce à quoi ma mère me réplique :

"Mets tes souliers, l'herbe ça pique."

 

Je fais la tête à mes orteils,

J'les ai remis dans leurs chaussettes.

On n'met pas des idées pareilles

Dans le crâne des enfants poètes !

 

Mais quand je vois des pissenlits,

J'ai toujours envie de voler.

Je trouverai bien dans la vie

D'autres moyens de décoller !

Y'a des voyages en onirique

Qui bravent les lois de la physique...

 

J'prendrai mes orteils à mon cou

Avec des oiseaux de passage,

Et le vent pris dans mes genoux

Me f’ra danser sur les nuages.

 

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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 17:38

Ce texte a été écrit lors d'un atelier d'écriture. Il s'agissait de choisir une photographie parmi une soixantaine d'images et d'écrire ce qu'elle nous inspirait.

 

Je suis un être étrange, sur les épaules d'un autre moi-même. Le miroir ne me montre que la partie vide qui flotte dans mes vêtements, partie exsangue et sans reflet. Le miroir n'est là que pour me dire mon non-reflet. Ce n'est plus moi de l'autre côté.

 

Je suis un être oublié, perdu ailleurs sur le sommet du monde.

 

Bien mis, la chemise propre, le pantalon sans faux pli, les chaussures bien cirées. Rien à dire. Voilà. C'est ça. Rien à dire. Absolument rien.

 

Ce manteau, qui est le mien et qui ne m'habille pas, a deux grandes poches, largement ouvertes. Je pourrais y mettre mes mains, qui ne sont pas mes mains, mais celles d'un autre être qui pourrait être moi.

 

J'avance dans la neige. Comme je n'existe pas, je ne sens ni le froid qui glace mes habits, ni l'asphalte lisse qui entraînerait ma chute. N'existant pas, je n'ai pas peur de tomber. Je ne crains ni le froid, ni la chute.

 

Je suis en dehors de moi. Je n'habite pas ce corps que le miroir peine à refléter, mais celui du dessus, celui qui se tient sur ses épaules.

 

Que voient les autres ? Qui suis-je pour eux ? L'enveloppe du vêtement aux grandes poches où je ne glisse pas mes mains que je ne reconnais pas comme miennes ? Ou voient-ils cet autre, posé sur ses épaules, assis autour de son cou ?

 

Je suis sur ma tête. Je suis dans ma tête. Ce monde autour, où il neige, est un monde de reflets sans miroir.

 

Et moi je suis un être sans corps. Un être sans tête. Mais bien mis, la chemise bien boutonnée, le nœud de cravate soigneusement serré autour de mon cou, tandis que mes jambes pendent des deux côtés du cou de mon autre moi-même. Oui, la cravate nouée parfaitement. Rien à dire. Rien.

 

 

.

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10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 02:11

Oui Monsieur le Juge,

J'ai cassé la statue !

J'ai fait du grabuge,

Je ne le ferai plus.

Mais j'suis pas coupable !

J'ai une explication

Tout à fait valable

Qui vaut expiation.

 

Quand on vous agresse,

Faut bien faire quelque chose.

Y en a qui encaissent,

Moi je défends ma cause.

Devant la vitrine,

J'ai senti comme un truc,

Là, dans la poitrine

Et jusque dans la nuque.

 

Ça m'a pris au cœur,

J'en ai presque eu des larmes !

J'étais en sueur...

Alors malgré l'alarme,

Mon cerveau s'emballe,

Et un plan se dessine.

D'un élan bestial,

Là, je casse la vitrine,

 

Je prends la sculpture,

Et puis je la renverse,

Je vois une fissure,

Les morceaux se dispersent...

Il y en a partout !

Oh ! c'est un vrai carnage !

Je suis à genoux

Et complètement en nage.

 

Je m'entends crier :

"A bas les œuvres d'art !"

J'ai le poing levé

Et le visage hagard.

Tous les visiteurs

Ont la mine déconfite,

L'œil réprobateur :

Ca leur gâche la visite.

 

Un gardien arrive,

Me dit de me lever,

Puis il m'invective,

Déclare que j'suis cinglée.

Moi je comprends pas !

C'est bien moi la victime !

J'ai fait des dégâts

Mais c'était légitime !

 

L'art c'est dangereux :

C'était d'l'auto-défense !

Quand la statue veut

Entrer dans ta conscience,

Te faire réfléchir,

Donner du sentiment,

J'connais rien de pire

Comme crime et châtiment.

 

Ça peut ébranler

Les plus dures convictions,

Ça peut faire chialer

Et s'poser des questions.

On a vu parfois

Des tableaux de madone

Réveiller la foi

(Ou la testostérone).

 

Parc'que, faut pas croire,

C'est pas juste un objet.

C'est presque un miroir,

Et j'aime pas mon reflet.

L’œuvre me regarde,

J'y vois l'âme de l'artiste,

Parfois très bavarde

Et parfois très triste.

 

Elle lit mieux en moi

Que je ne lis en elle,

Et je suis sa proie,

L'immobile immortelle.

L’œuvre m'interroge,

Je ne sais quoi répondre :

En moi elle se loge

Jusqu'à c'que je m'effondre.

 

Les dessins, statues,

Les peintures et photos,

Les saints et les nus

Type Venus de Milo,

On voit le talent !

Y en a que ça stimule

Pour en faire autant.

Mais moi, je me sens nulle !

 

Ça donne des complexes !

En plus de perturber

Le fond du cortex !

Vous voyez le danger ??

La preuve que c'est vrai,

On les tient enfermés,

Même les plus mauvais,

Cloîtrés dans les musées,

 

Pour pas faire de mal

Aux gens les plus fragiles !

Y a pas de Chagall

Sur les murs des asiles,

Pas de Picasso

Accroché chez mon psy,

Pas de Botero

Quand t'as de l'anorexie !

 

Y'a des fous qui veulent

Mettre l'art dans la rue.

Moi suis pas bégueule,

Mais là ça ne va plus !

Vous imaginez ?

Si tous les gens se mettent

A sentir, penser,

Mais ça va pas la tête !!

 

Non Monsieur le Juge,

Faut pas me condamner.

J'vais trouver refuge

Dans un poste de télé.

Je serai bien sage...

Promis, je n'irai plus

Dans les vernissages,

Surtout quand j'aurai bu.

 

 

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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 14:50

Comme ça grésille

Dans ses oreilles

En bas résille

Elle s'éveille

Le téléphone

A ses humeurs

Ça l'empoisonne

Elle est en pleurs

Puis elle s'habille

Rouge vermeille

 

Triste matin

Pas de nouvelles

Peau de satin

Traces de rimmel

Son ombre passe

Dans le miroir

Elle ressasse

Son désespoir

Dans de lointains

Voiles de dentelles

 

A pas perdus

Elle se prépare

A sa venue

A ses départs

Ailes brûlées

Doux papillon

Tout ondulé

De vermillon

Aux grands yeux nus

Un peu hagards           

 

Un parfum doux

Somnole encore

Dans le mois d'août

Du corridor

Elle poursuit

Une idée vaine

Où elle essuie

L'eau de sa peine

Et dans son cou

Glisse l'aurore

 

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