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  • : Au tour de Clo
  • : Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.
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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 15:02

Bercés par l'illusion bête et réconfortante

Que le bonheur doit être servi à chaque table,

Et qu'à jamais il peut répondre à nos attentes,

Face à la vie qui va, nous voilà insatiables.

 

Bien-être et liberté, amour et joie de vivre,

Comme ces mots nous exhortent à souvent nous mentir...

Et nous nous imposons tant de rêves à poursuivre

Pour ignorer qu'un jour toute chose doit finir. 

 

Une seule heure est morose et tout est dévasté.

Etre heureux nous rend triste lorsque dans notre ciel

Passe un nuage infime. On ne peut résister

Aux appels permanents d'un monde artificiel.

 

Ni les deuils, ni les pertes, ni les peines passagères,

Plus rien n'est toléré, tout doit être parfait !

Ce bonheur à tout prix est bercé de chimères,

Vaine course en avant qu'on ne gagne jamais.

 

Comme il serait plus simple d'accepter la faiblesse,

L'ennui et les chagrins, les chemins inconnus.

Pourtant nous avançons, en cultivant sans cesse

La constante obsession du bonheur absolu.

   

 

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 19:00

Le café était froid, la douche était brûlante,

La journée commençait de façon contrariante,

Mais je sais rester calme en toutes circonstances.

C'est la clé de mon charme et de mon élégance.

 

J'ai vu que le pare-brise était couvert de givre.

Je n'avais pour gratter que mes ongles et un livre,

Et pressée par le temps (car j'étais en retard),

J'écaillai mon vernis juste avant le départ.

 

Ma voiture, capricieuse, ne voulait pas partir.

J'attendis un moment avant de ressortir.

C'est un brin ennuyée que je dus constater

Qu'un sabot sur sa roue avait été posé.

 

Promptement, j'appelai un taxi en urgence.

Je voulus faire de même en toute bienséance

Avec mon entreprise... Mais plus de batterie...

Mon téléphone portable me lâchait lui aussi.

 

Le taxi arriva, je montai à l'avant.

Le souffle du chauffeur était préoccupant...

J'en eus confirmation quand sur le boulevard

Il freina violemment pour "sauver un canard".

 

Moi, le coup du lapin, lui, le coût de la course...

Quand j'arrivai enfin et que j'ouvris ma bourse,

Nos humeurs à tous deux étaient presque changées :

Lui quasi dégrisé, moi un peu agacée.

 

Ebouillantée, à jeûn, la manucure gâchée,

Les cervicales démises, les cheveux décoiffés,

Je gardai néanmoins une mine positive

Pour justifier au mieux mon arrivée tardive.

 

A peine étais-je entrée que c'était l'avalanche :

Invectives et reproches, ma patronne fut franche

Et siffla que ce jour je venais de commettre

L'erreur impardonnable qu'elle ne pouvait admettre.

 

Me voilà licenciée, sans travail, au chômage,

Et de cette injustice, j'avoue, je pris ombrage.

J'arpentai le trottoir cherchant l'arrêt de bus.

Près du poteau une femme tendait des prospectus.

 

"Aujourd'hui tous en grève". J'étouffai un juron

Et contemplai pensive la taille de mes talons.

Il fallait donc marcher. Pas de deuxième taxi !

Non ! J'avais supporté trop de péripéties.

 

J'allais donc mon chemin, ampoules et durillons,

Quand je fus entraînée dans un grand tourbillon.

Je repris mes esprits à temps pour voir filer

La moto emportant mon sac et mes papiers.

 

Il se mit à pleuvoir. Mon maquillage bien sûr

N'était pas adapté pour de telles aventures.

Et je restai un temps sous les gouttes énormes,

Avant d'apostropher un homme en uniforme.

 

"Monsieur le policier, je demande assistance.

On vient de me voler et comble de malchance,

Je n'ai pas de voiture, pas de clé, rien du tout ! 

Pourriez-vous s'il vous plaît m'aider ? Je suis à bout."

 

Apparemment il crut, et c'est plutôt cocasse,

Qu'il avait devant lui (non vraiment ça m'agace)

Une femme, comment dire ? de moeurs assez légères,

De celles qui font payer les maris adultères.

 

Me voilà embarquée vers le commissariat.

De victime je passais du côté des parias. 

Sur la route nous vîmes mon logeur ébahi

Qui déclara outré : "Je passerai mardi." 

 

Trois heures après j'étais toujours dans le bureau.

Il consentait enfin à me tendre un verre d'eau.

Il lui fallut encore une heure et dix minutes

Pour qu'il admît que je n'étais pas une... chut...

 

"J'vous fais raccompagner." Il n'était pas trop tôt !

"Et pour un serrurier, voici un numéro."

Au final cet agent n'était pas si mauvais.

"Le taxi vous attend." J'eus un air stupéfait.

 

"La dame de ce matin ! Quel hasard ! Quel hasard !

Je n'aurais jamais cru, sous son air snobinard."

Alors je vous le jure, je ne fais jamais ça,

Jamais un hurlement, non, jamais un éclat.

 

Moi qui sais rester calme, mais vu les circonstances,

Je laissai de côté le charme et l'élégance,

Et je poussai un cri en me roulant par terre ! 

Je crois que je faisais ma première crise de nerfs. 

 

 

Toute utilisation, reproduction ou diffusion des textes de ce blog doit faire l'objet d'une demande à l'auteur.

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 10:53

Décor : chambre d’adolescente en désordre. Personnage : une ado de 13/14 ans.

 

(s’adressant à la porte) Non je ne sortirai pas de ma chambre !  Je ne sortirai pas ! (sur la phrase suivante, crescendo jusqu’à hurler) Si je te dis que je ne sortirai pas c’est que je ne sortirai pas ! Franchement maman, tu devrais me respecter  et respecter mes choix ! Mais je sais que c’est l’anniversaire à Brigitte et que tu as tout préparé… Mais oui je sais que ça lui ferait plaisir que je sois là, mais oui c’est bon j’ai compris ! Moi aussi ça me ferait plaisir. Ce n’est pas que je ne veux pas la voir. Je lui ai même fait une carte si tu veux lui donner. (prenant un crayon et une carte d’anniversaire) Euh… maman ? Marraine, ça prend bien deux N ? Quoi ? Deux R et un N ? Ah nan ! Je suis sûre, on dit « Marainne », avec un tout petit R et deux N (en insistant bien sur le N) ! Quoi ? Le dictionnaire ? (regard vers le dictionnaire) Non c’est bon. De toute manière je ne l’appelle plus marraine alors je vais mettre Brigitte… Quoi deux  T ? Ben oui deux T. (prend l’effaceur, rectifie, puis glisse la carte sous la porte)

 

Non je ne change pas d’avis. Pourquoi je ne veux pas sortir ? Alors primo, c’est quoi toutes ces questions ? T’es pas une mère, t’es la Gestapo quoi ! Alors si je ne veux pas sortir madame l’inspectrice, c’est, déjà, parce que j’attends un coup de fil de Marianne, un R, deux N si tu veux savoir ! Et puis j’ai un gros spot sur la joue, je ne veux pas me montrer comme ça c’est trop la honte. Non mais déjà l’année dernière à son anniversaire, tout le monde avait mitraillé mon appareil dentaire, quand j’ai vu les photos, j’ai plus osé ouvrir la bouche pendant trois jours. En plus je m’étais coincé une feuille de menthe dans une des bagues, (fin de la phrase crescendo) si tu crois que c’est marrant de passer plus de temps avec ma brosse à dents qu’avec mes copines !

 

(un temps) Et en plus, j’ai mes trucs, je sais jamais comment m’asseoir, j’ai toujours peur que ça se voie, et son chien c’est un détecteur à machins, il viendrait me renifler tout le temps, tout le monde saura, trop la honte... Oui c’est bon… Non mais arrête, c’est gênant !... Je sais que c’est parce que je deviens une femme, c’est pas une raison pour que tous les clébards viennent foutre leur nez là où tu penses !... Où j’ai appris les mots clébards et foutre ? Mais réveille-toi maman ! C’est pas parce que tu m’as mise dans un collège privé qu’on n’apprend pas certaines choses. Je crois que tu devrais un peu regarder la télé et les magazines de société pour te tenir au courant…

 

Mais vas-y, ils vont bientôt sonner à la porte… Mais vas-y, moi je m’occupe, t’en fais pas.  Tu sais qu’à force de trop t’inquiéter pour moi, tu empêches mon développement personnel et tu atteins ma future confiance en moi ? Non ? Ben tu liras ça dans mon dernier « Psychologies junior ». (soupir) Oui je vais ranger ma chambre ! Oui promis, si le bouton disparaît, je viens vous rejoindre dans le salon…

 

Maman ? T’as fait quoi comme gâteau pour son anniversaire ?... Tu me gardes une part ? J’adore ta tarte au citron… C’est du chantage ça ! Dire bonjour pour avoir une part de gâteau, c’est bon, je n’ai plus 5  ans !(sonnerie de portable) Ah ! C’est Marianne ! Un texto… « Ma cop adorée je t’appelle pas today, mes parents ont invité mes cousins, on fait un Monopoly et je suis en train de gagner. Trop trop bien le week end. Je te raconte tout ça au cours de maths. Bisous bisous »

 

(Un temps où elle se dit qu’elle va passer son dimanche toute seule sans voir personne ni papoter avec sa copine) Maman, tu pourrais me prêter ton fond de teint ?  Pour camoufler le bouton. Ben oui j’ai changé d’avis, c’est comme ça, « quand un ado ne change jamais d’avis c’est mauvais signe », alors tu devrais être contente ! (enfile des chaussettes et cherche des chaussons en disant les prochaine phrases) Mais faut pas que son chien m’approche hein ? Tu promets ? Et tu prends des photos juste avec mon profil gauche ? Et tu parles pas de mon exposé en anglais hein ? Sinon on pourrait faire un jeu de société, ça pourrait être cool ?

 

(un temps) Maman ? Ca dure longtemps la crise d’adolescence ? Parce que tout ça, ça m’épuise ! (elle sort)

 


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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 18:24

Tout être qui vieillit se change en animal.
Lorsque ces dames atteignent le bel âge de raison,
On leur voit apparaître une culotte de cheval,
Des pattes d'oie, parfois une humeur de cochon.

 

Le temps qui passe oriente chacun vers sa nature :
On verra celui-ci devenir bon pigeon,
Cet autre, ours mal léché, celui-là, à l'usure,
Muet comme une carpe qui aurait le bourdon.

 

Un appétit d'oiseau, la santé bat de l'aile,

On cherche à retrouver sa mémoire d'éléphant

Pour tromper la faucheuse, connue comme le loup blanc.

 

Voilà donc cet hiver qu'aura fui l'hirondelle...

C'est le lot de chacun, n'ayez pas le cafard :

Ce poème ne casse pas trois pattes à un canard.

 

 

 

 

 

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 18:58

A vous qui n'avez pas inventé le fil à couper le beurre, tout simplement parce que finalement avec un couteau ça marche aussi. A vous qui avez installé un paratonnerre chez vous par crainte d'avoir un jour un éclair de génie. A vous pour qui innovation et créativité sonnent uniquement comme un slogan publicitaire pour une voiture de luxe.

 

A vous donc, je tiens à rappeler le 20e anniversaire de la disparition de Denis Laiguille. Celui qui a inventé plein de choses qui n'ont jamais marché : les chaussures à semelles décompensées, pour paraître plus petit que dans la réalité , les hauts-parleurs silencieux pour ne pas déranger les voisins, le four à macro ondes et le tissu indéfroissable.

 

Eh oui, vingt ans déjà que cet inventeur a disparu... Non qu'il soit décédé !! Oupala ! Non dame ! Mais il a bel et bien disparu après avoir inventé un rétrécisseur de particules organiques.

 

Denis Laiguille, et son inséparable comparse Jean-Pierre Scoubidou (inventeur des fils de couleur plastifiés du même nom) ont permis d'ouvrir le débat sur cette question fondamentale : une invention doit-elle être utile ?

 

Doit-on trouver une finalité à tout ? Vous pensez que oui ? Alors, que celui qui n'a jamais gardé un crayon qui n'écrit plus, un couteau qui ne coupe pas bien, un torchon de cuisine qui ne sèche rien me jette la première gomme bleue et rose qui n'efface rien et fait des trous dans le papier...

 

Laiguille et Scoubidou ont tenté toute leur vie de montrer qu'un objet peut simplement être là et faire partie du décor, pas seulement en tant que bibelot mais en tant que témoin d'un monde qui accepte les objets défaillants et inutilisables. Un objet comme un message d'espoir pour lutter contre l'hyper rentabilité et la productivité galopante qui laissent peu de chances à ceux qui vont plus lentement et moins sûrement que la moyenne. Un objet pour dire : "Tout est utile, même l'inutile ! Rien ni personne ne sera laissé de côté."

 

Si vous aussi avez une invention qui ne marche pas ou qui ne sert à rien, ne la présentez pas au concours Lépine mais au concours Laiguille. Elle sera très certainement récompensée. Les dates du concours seront choisies ultérieurement grâce à un calendrier sans date (qui permet de remettre au lendemain ce qui n'a pas été fait le jour-même, tout en respectant son planning).

 

Alors à vos méninges !

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 10:13

J'aime le temps des lys

Comme on aime au matin,

Quand dans les draps se glisse

Un souvenir divin,

Quand les rideaux s'envolent

D'une brise éthérée,

Quand l'aube se console

Dans tes yeux égarés.

 

J'aime le temps des lys

Et j'aime son parfum,

Le capiteux délice

D'un effluve sans fin.

Grâce et murmure, baiser

Du jour naissant à peine,

Et caresse apaisée

Sur une joue sereine 

 

J'aime le temps des lys

Quand il est sans blason,

Sans loi ni artifice, 

Sans discours, sans raison

Que celle de cueillir

Aux fraîcheurs matinales 

La rosée, l'élixir

De nos douces escales.

 

J'aime le temps des lys

Dans le monde en suspens,

Quand un pétale esquisse

Un aveu frémissant

Tout contre mon visage

Où veille ton sourire.

J'aime le temps si sage

Qu'ont les lys à fleurir.

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 11:50

Dans les bocaux d'apothicaire

Où nageaient de petits reptiles,

Posés sur la grande étagère

Tenue seulement par un fil,

 

J'ai trouvé la potion secrète,

Le doux breuvage, la décoction,

Loin des miroirs aux alouettes,

J'ai trouvé mon inspiration.

 

Une goutte ou deux ont suffi

Et j'ai pu créer en un jour

Trois traités de philosophie,

Et en option, des pommes au four.

 

Les idées fusaient dans ma tête,

J'étais devenue De Vinci,

Bach, Hugo, Samuel Beckett,

Et même un peu Marie Curie.

 

J'ai noirci des pages et des pages

Exposant toutes mes théories.

En faisant deux trois bricolages,

J'ai rouvert une distillerie.

 

Même en rêvant, j'imaginais

Toutes sortes de miniatures,

Des nouveautés en art abstrait,

Des projets en architecture.

 

Après avoir réalisé

Des oeuvres majeures au fusain,

Des plans de métro, des BD,

Ecrit une douzaine de bouquins, 

 

J'ai dit à mes cellules grises :

"C'est bon vous pouvez faire une pause".

Trop tard... elles étaient sous l'emprise

De toutes ces métempsycoses...

 

Les déloger fut difficile,

Surtout Degas et Michelange,

Et je ne parle pas de Churchill,

C'était un bien curieux mélange.

 

Tous s'accrochaient à mon cerveau,

Avaient encore des choses à dire.

Mais bon, mon crâne avait bon dos

Et j'avais besoin de dormir.

 

Dans les bocaux d'apothicaire

J'ai pu dénicher l'antidote,

Entre les pastilles pour ictère

Et le thé à la bergamote.

 

Abrutie mais enfin guérie,

Je tirai sur le fil tendu.

L'étagère aux sorcelleries

Resta un instant suspendue

 

Puis s'effondra dans un nuage...

Du verre cassé, des flaques vertes,

Il ne restait de ces breuvages

Que le souvenir de leur perte.

 

Etrangement mes manuscrits

Mes schémas, mes oeuvres, mes plans,

Se volatilisèrent aussi...

Tout n'est que recommencement...

 

 

 

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 10:13

De la ville ! de la ville ! de la vie ! des gens ! plein de gens ! la foule !! Des voitures, des immeubles, du bruit, des devantures de magasins, des affiches de cinéma, des parapluies partout quand il pleut, et en été des cafés qui déversent les clients sur les trottoirs écrasés de soleil ! Des arbres qui s'accrochent à leur bitume, des oiseaux en bandes sur les fils électriques, des géraniums sur un balcon à côté du vélo qu'on a remonté au 4e pour ne pas le laisser à la cave. Des toboggans et des balançoires dans un vieux parc en bas des tours, des égouts qui débordent, des enseignes électriques qui clignotent le soir.

 

Des gens surtout, encore des gens, des petits, des vieux, des noirs, des grands, des souriants, des malpolis, des comme-il-faut, des punks, des gamins, des chefs d'entreprise, des fatigués de la vie, des concierges. Des gens qui vont au boulot, qui reviennent des courses, qui ont rendez-vous, qui chialent au téléphone, qui s'asseyent sur un banc, des gens qui ferment leur manteau, qui s'arrêtent sur le trottoir, qui fouillent leur sac à main, qui fouillent les poubelles, des gens qui crient, des gens qui ne savent plus parler, des gens qui sortent de chez eux, des gens... De la vie quoi !

 

J'ai le cafard dans la cambrousse. Il y a juste la voisine qui arrose ses hortensias.

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 19:11

"Vois-tu ma petite nièce (dois-je encore t'appeler ma nièce?), si je t'ai demandé de venir, c'est que j'ai des choses importantes à te révéler.

- Tu as retrouvé les saphirs que le sage indien t'avait offerts ? 

- Non, ce n'est pas ça.

- L'arrière-petite-fille illégitime de Mark Twain te harcèle encore au téléphone pour que tu corriges ses manuscrits ? Oh ! Elle est pénible à la fin !
- Non, ce n'est pas ça non plus.

- Ton boa s'est échappé de son vivarium ?

- Non plus.
- Ah j'ai eu peur ! Tu m'avais dit une fois que Bobby ne m'aimait pas beaucoup, je préfère ne pas le savoir en liberté dans la pièce !

- Bobby n'est pas là.

- Alors il s'est échappé ? "

 

Je bondis presque sur mon siège, enfouissant le menton entre les genoux.

 

"Bobby n'a jamais été là.

- Comment ?

- Bobby, mon boa, mon boa Bobby...

- Ah ! Mon boa Bobby ! C'est marrant !

- Hum. S'il te plaît... " Elle avait dit ce mot d'un ton agacé que je ne lui connaissais pas. "Bobby n'a jamais existé."

 

Je repris une position assise plus convenable et lançai à ma tante un regard d'incompréhension.

 

"Je ne saisis pas là. Ben Bobby, ton boa, tu en parles souvent de ton boa Bobby. Et en fait Bobby... Pas de Bobby ?

- Pas de Bobby.

- C'est pour ça que tu ne me l'as jamais montré.

- En partie. Et aussi parce qu'un boa, ça peut être dangereux.

- Bé ! Un boa qui n'existe pas, ce n'est pas dangereux !

- Si tu l'avais fait exister ça aurait pu le devenir.

- Vraiment, je ne comprends rien à ce que tu racontes. Tu vas bien ? Tu veux que j'appelle ton médecin ? Enfin, s'il est revenu de sa mission humanitaire au Ghana...

- Il n'est pas revenu, il n'est jamais parti.

- Ouh la, si tu commences les énigmes !

- Mon médecin, c'est comme Bobby.

- Il s'est échappé ?

- Non ! Fais un effort ! Ce n'est pas facile pour moi. Mon médecin n'a jamais existé.

- Ah oui ? Et la blessure infectée et purulente que tu avais à la cuisse ? et la bactérie super rare pour laquelle il a su trouver le bon antibiotique ? et tes maladies de peau, elles ont guéri comme ça ? Sans médecin ? Pouf, disparus les furoncles, parti le microbe ? Non, Rosalie, écoute, il faut que je l'appelle, tu ne vas pas bien du tout ! "

 

Je m'approchai du téléphone qui disparut d'un coup. Avais-je rêvé ? Ou était-ce un tour de magie concocté par ma tante ? Je la fixai, incrédule. La voix lasse elle soupira :

 

- Et quoi ?

- Tu as bien vu non ?

- Le téléphone qui disparaît ? Oui j'ai vu.

- Toi, toi tu as rencontré un magicien ! Dis moi tout ! Prénom, âge, a-t-il une cape noire et un chapeau haut de forme ? Il t'a déjà découpée en morceaux ?

- S'il te plaît ! Arrête ! Tu es pénible !

 

J'étais sidérée. Jamais Rosalie ne m'avait parlé de cette façon. Et tandis que son visage rougissait, il me semblait que le décor coquet du salon de tantine devenait transparent, que les meubles s'effaçaient, littéralement gommés de la pièce.

 

- Ouh la, je n'aime pas bien ça moi.

- Si tu me laissais le temps de t'expliquer aussi.

- M'expliquer quoi ?

 

Sa voix se radoucit.

 

- Ma petite chérie, tu sais que tu as toujours eu une belle imagination, que déjà petite, tu parlais de belles histoires pleines de créatures que personne avant toi n'avait jamais inventées, ma petite fille.

- Comme toi tantine ! J'ai de qui tenir !

- Non trésor.

 

Je commençai à trouver ce déballage de petits noms aussi déplaisant qu'inquiétant. Elle reprit :

 

- Tu te souviens, il y a quelques années, je n’ai pas donné signe de vie. Tu n’as pas eu de nouvelles de moi.

- Oui bien sûr je m’en souviens. Enfin, je me souviens surtout de ton retour, tu avais beaucoup changé.

- La période où je n’étais pas là, ça allait bien non ? Tu te sentais bien ? Je ne te manquais pas ?

 

Je baissais la tête un peu honteuse. A vrai dire, non, elle ne m’avait pas vraiment manqué. Comment avais-je bien pu occuper mon temps sans ma tante et ses histoires ?

 

- Ce que je vais te dire, ma chérie, tu le sais déjà. Tu le sais mieux que personne et tu le sais depuis toujours. Ton père et ta mère sont tous les deux enfants uniques. Tu n’as pas toutes les tantes et les oncles dont tu aimes tant parler. Moi-même…

 

J’étais pétrifiée. Non, non, elle ne devait pas le dire, elle n’avait pas le droit c’est moi qui décide, non ! ne le dis pas…

 

- Moi-même je ne suis que le fruit de ton imagination. Tu fais appel à moi lorsque ça ne va pas, que tu n’as pas assez confiance, que tu as besoin de réconfort ou de rêver un peu. C’est toi qui as inventé toute mes aventures, et toutes les tiennes aussi. Regarde chez toi, il n’y a pas de billet d’avion, tes voyages, tu les as vécus dans des livres, les héros que tu as rencontrés sont des vedettes de magazine. Et ton monocycle, c’est un vélo à deux roues.

- Je n’aime pas beaucoup que tu me fasse pleurer, parvins-je à murmurer dans un sanglot

- Tu peux pleurer, personne d’autre n’en saura rien. Moi tu sais, je ne suis qu’une part de toi.

 - Alors pourquoi tu me dis tout ça ? Sur mes voyages et sur mon vélo ? Si tu étais en moi tu ne dirais pas ça, parce que moi je veux y croire, parce que j’ai une tante qui a fait quarante-deux fois le tour du monde, et que le mois prochain je pars en Patagonie !

- Tu m’as voulue presque mythomane, pour te donner l’illusion de ne pas être dupe. Mais tu as commencé toi-même à fabuler . Tu peux inventer la vie d’un autre, mais il ne faut pas te mettre à inventer la tienne. Une vie, ça se vit, ça ne se construit pas sur des fabulations et sur des mensonges. Je te parle comme ça car il y a une part raisonnable en toi.

- Une petite part alors… Et je fais quoi de la grosse partie qui reste ?

 

 Les meubles avaient tous fondu dans l’atmosphère maintenant, et l’image de ma tante commençait aussi à donner des signes de faiblesse.

 

- Continue à inventer si tu veux, mais pas ta propre vie.

 

  Elle disparut complètement et je me retrouvai dans un hangar humide où mes pas jusqu’à la porte résonnaient trop pour mon pauvre crâne endolori. J’enfourchai mon vélo. C’est vrai qu’il avait deux roues. Je rentrai chez moi. Pas de billet d’avion, pas de billet de train. Un simple ticket de bus qui traînait près de mes clés. Je repensais à ce que Rosalie m’avait dit (ou plutôt à ce que je m’étais dit) : on peut inventer d’autres vies, mais pas la sienne. Alors j’ai allumé l’ordinateur, j’ai ouvert une page et j’ai commencé à écrire…

 

«  De mes treize tantes maternelles, Tata Rosalie est celle qui m'a le plus marquée et le plus appris. »

 

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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 09:05

C'que j'peux faire si ça vous arrange,

C'est vous obtenir un délai.

Les huissiers sont des gens étranges

Mais voyez-vous, je les connais...

Donnez simplement une avance

A votre cher et dévoué

Voisin (qui prévoit des vacances

Avec l'argent ainsi gagné).

 

Comment donc ? Ils sont revenus ?

C'est bizarre, ils m'avaient bien dit

Qu'ils lâchaient, c'était convenu,

Le dossier de votre logis.

La somme était rondelette,

Mais peut-être faudrait-il encore

L'arrondir, la rendre coquette,

Pour qu'ils mesurent votre effort ?

 

Alors là j'en reste sans voix,

Que me dites vous cher ami ?

Il suffit que je parte un mois

(Belle croisière cela dit)

Pour apprendre que tous vos biens,

Des chevets à la table basse

Sont saisis, qu'il ne reste rien

(Ce salon a de beaux espaces). 

 

Mais expliquez-moi donc un peu

Comment vous vous êtes trouvés

Dans ce pétrin. Une dette de jeu ?

Des crédits ? Des impayés ?...

Ah !... Si ce n'est pas malheureux...

Ruiné pour avoir fait confiance

A vos banquiers et vos neveux...

Les gens ne sont pas ce qu'on pense... 

 

Si vous voulez, je vous invite,

C'est peu de chose, à prendre un verre,

Mais ça console, et j'en profite

Pour vous montrer mon cher compère

Quelques photos de mon voyage !

Je vous ai pris un souvenir.

S'il vous plaît pas de chipotage,

Je l'ai fait avec grand plaisir...

 

 

 

 

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