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  • : Au tour de Clo
  • : Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.
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25 novembre 2020 3 25 /11 /novembre /2020 18:55

Que de pages tournées,

Et que d’eau a coulé

Sous les ponts de silence...

Que de chagrins passés

Sous mes ailes blessées

Aux poignards de l’enfance...

A-t-on jamais appris

À se défaire des plis,

Des nœuds, des habitudes ?

A-t-on jamais grandi

En se demandant si

Tout n’est qu’un interlude ?

 

 

Je voudrais saisir les sabliers,

Les renverser, les mettre à terre,

M’enfouir la tête la première

Dans l'odeur de son tablier.

Je voudrais briser les semaines

Et retrouver dans mes déserts

Des réponses en grains de poussière

Pour ne plus fuir à perdre haleine.

 

 

Dans ma tête penchée

Un soupir empêché

Se balance trop sage.

D'un air un peu fâché

Le miroir ébréché

Me renvoie dans ma cage.

Mes yeux n'ont pas vieilli,

Peut-être un peu plus gris,

Peut-être un peu absents.

Sur le fil du récit,

Funambule en sursis,

Je tisse des serments.

 

 

Je voudrais saisir les sabliers,

Les renverser, les mettre à terre,

M’enfouir la tête la première

Dans l'odeur de son tablier.

Je voudrais briser les semaines

Et retrouver dans mes déserts

Des réponses en grains de poussière

Pour ne plus fuir à perdre haleine.

 

 

Une enfant apparaît.

Je reconnais ses traits

Et son nez qui se trousse.

"Je sais ce que tu sais,

Je connais tes secrets.

Faut plus avoir la frousse."

C'est ma voix dans sa voix,

Mes larmes dans sa joie,

Mes deux mains qui se joignent.

La petite, c'est moi,

Le seul enfant qui soit

Qui reste et qui me soigne.

 

 

Je voudrais saisir les sabliers,

Les renverser, les mettre à terre,

M’enfouir la tête la première

Dans l'odeur de son tablier.

Je voudrais briser les semaines

Et retrouver dans mes déserts

Des réponses en grains de poussière

Pour ne plus fuir à perdre haleine.

 

 

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23 novembre 2020 1 23 /11 /novembre /2020 16:01

En un éclair, il déclara : "Ma tendre aimée,
Revoyons-nous !" Elle lui dit : "Mais oui bien sûr !
Là où une demi-douzaine de masures
Semblent baigner dans une aura ensorcelée !
Rendez-vous pris !! Aux six taudis au site aux fées !

 

 

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23 novembre 2020 1 23 /11 /novembre /2020 15:44
 

Je sens que c'est la fin qui me triture tout l'intérieur. Il y a toujours une heure dans la journée où je commence à sentir la fin. Cela peut aller jusqu'à l'obsession. À moins d'être très occupée et d'avoir l'esprit absolument engagé dans autre chose, j'y pense quotidiennement, trois à quatre fois par jour. Souvent dès le lever. Il paraît que c'est en lien avec mon mal au vide.

 

Il paraît aussi qu'on a tous plus ou moins tôt cette sensation, mais moi je l'ai ressentie vraiment très tôt, la fin. À peine ma vie avait-elle commencé qu'elle était déjà là, la fin.

Toute petite j'avais conscience de l'existence de la fin. Pourtant on faisait tout pour que je n'y pense pas :

"Mais non ce n'est pas la fin, pense à autre chose." "C'est inquiétant, cette enfant parle toujours de la fin." "Arrête avec ça ! Sais-tu qu'il y a des pays où les enfants sentent vraiment la fin ?" Oui je le savais bien sûr, qu'il n'y avait pas que ma fin, qu'il y avait aussi la fin dans le monde. Bien sûr, mais n'empêche, ma fin aussi était là.

 

Alors on m'a conseillé des coupe-fin. Ne jamais aller jusqu'au bout des choses. Ne pas terminer les livres, ni les films, ne pas terminer les phrases et les laisser en suspens.

Couper avant la fin. Ça ne marche pas, au contraire, cela aiguise l'appétit de la suite.

 

Un jour on m'a demandé s'il valait mieux courir à sa perte ou manger à sa fin.

À cette question, je n'ai toujours pas trouvé de réponse. Alors je reste sur ma fin et ce n'est que le début.

 

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15 novembre 2020 7 15 /11 /novembre /2020 15:24

Quelques autos garées jusqu’en bas de la rue.

Des chats couchés dessous.

Un passant qui traverse.

Les arbres des jardins aux soirs criblés d’averses,

Les arbres des jardins

et le ciel au-dessus.

 

Un oiseau s'égosille sur une cheminée,

et les heures trop sages

continuent leur chemin

en creusant leurs sillons, ravinant nos visages.

On n'entend plus l'oiseau.

Peut-être est-il tombé ?

 

Elle,

elle aurait voulu

des fenêtres qui s'ouvrent au bord du précipice

des flaques d'eau changées en vagues gigantesques

qui avalent la rue, qui engloutissent tout.

Et ce vent trop fluet, qu'il devienne ouragan,

qu'il fasse valser les murs,

qu'il détruise la ville.

Que la terreur des hommes se répande jusqu'aux nues,

qu'elle s'infiltre jusqu'au creux de la terre,

et que leurs cris, leurs suppliques

rendent sourds jusqu'aux dieux.

 

Elle,

elle aurait voulu le chaos

pour respirer un peu.

 

Toutes les portes devraient toujours rester fermées,

et les volets tirés.

Et les humains devraient se contenter de la nuit,

même au cœur de midi.

 

Elle répète inlassablement :

"Pourquoi de la lumière puisque tu n'es plus là ?

Pourquoi de la lumière ?

Pourquoi rien n’a changé ? Pourquoi est-ce pareil ?

Pourquoi le vent balaie les feuilles craquelées ?

Et lorsque j'écarte le rideau à la fenêtre de ma peine,

c'est calme à en pleurer."

 

Quelques autos garées jusqu’en bas de la rue.

Des chats couchés dessous.

Un passant qui traverse.

Les arbres des jardins aux soirs criblés d’averses,

Les arbres des jardins

et le ciel au-dessus.

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14 novembre 2020 6 14 /11 /novembre /2020 20:26

Avez-vous remarqué que tous les faits divers peuvent se résumer en deux syllabes ?

Si si je vous assure !

Si on considère que les trois étapes d'une catastrophe sont la secousse, l'effondrement et le désordre, autrement dit, l'arrivée du séisme, les murs qui s'écroulent, le champ de ruines, autrement dit, la stupeur, l'abattement, le quotidien dévasté, tout se dit de la même façon.

Ce sont les deux mêmes syllabes que l'on prononce pour chaque phase : cahot, KO, chaos.

Lorsqu'elle m'est apparue, cette révélation a provoqué chez moi un tremblement de magnitude 4.

 

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14 novembre 2020 6 14 /11 /novembre /2020 18:57

"Tu as une bonne tête", on me dit parfois. Il paraît que c'est bien, que ça inspire confiance d'avoir une bonne tête. C'est vrai que j'ai un crâne raisonnablement standardisé, un visage à l'ovale plutôt régulier arborant un sourire discret mais néanmoins sincère et avenant. Je comprends que les gens me fassent confiance. Moi-même je me prêterais volontiers les clés de chez moi pour arroser les plantes pendant mes vacances si j'étais ma voisine.

Mais ce n'est pas le tout d'avoir une bonne tête. C'est aussi important, voire davantage, de faire bonne figure. En toutes circonstances. Pour paraître sympathique, pas désagréable ni pénible, pas susceptible ni soupe-au-lait.

Afin de ne pas perturber l'ordre normal de la vie tranquille des Autres, il est recommandé de porter un masque social. Ainsi il est nécessaire de faire bonne figure quand on est licencié, quand un malappris (qui croyait prendre) resquille dans la file d'attente du supermarché, quand on reçoit un message de rupture, quand on est frappé de jaunisse ou d'ulcère. D'ailleurs rien ne sert d'ajouter du malheur au malheur, de devenir bilieux ou d'être ulcéré quand on nous fait remarquer que le blanc de l’œil vire au jaune.

Suivant ses affinités et ses inclinaisons, chacun pourra choisir son type de bonne figure : une bonne figure géométrique, ou une bonne figure de proue, de style ou de carte à jouer (on évitera cependant d'être cavalier).

Faire une tête au carré n'est pas un bon choix de figure : les autres préfèrent que ça tourne rond.

La litote ou l'euphémisme, quant à eux, font plutôt bonne figure. "Je ne suis pas tout à fait serein mais ça ne va pas si mal que ça", peut-on déclarer avantageusement en constatant l'incendie de son appartement.

Le plus compliqué s'avère sans aucun doute de faire une bonne figure imposée : triple salto arrière du sourcil droit enchaîné avec un looping twisté de la lèvre inférieure à gauche. Cela demande de l'entraînement.

Certains, plutôt que de faire bonne figure, préfèrent jouer cartes sur table. Je pourrais essayer, ça devrait passer, il paraît que j'ai une bonne tête. Mais le masque est-il peut-être déjà trop collé...

 

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3 novembre 2020 2 03 /11 /novembre /2020 11:03

Je connais des gens qui commentent à tout va. Même quand tout va, quand tout va plutôt bien, il faut que quelque chose aille mal. Tout le temps. Des tatillons tout tracassés tout chiffonnés qui chicanent, qui chipotent et discutent.

C'est sans doute que quelque chose va vraiment mal dans le fond. Parce que quand tout va bien , ça se passe de commentaire.

Peut-être qu'ils commentent pour noyer le poisson ? Pour brouiller les pistes, cacher le fond du problème ? N'est-ce pas la fonction du "comment taire ?"

Le commentaire qui met entre parenthèses ce que les parents taisent,

qui nomme foutaises ce que les fous taisent,

qui fait une synthèse de ce que les saints taisent,

qui qualifient d'impro ce que les pros taisent,

sans parler de ce que Sancho pensa mais que tous les servants taisent.

 

J'ai envie de leur dire, à ces gens-là : "Commenter, commenter, commenter, commenter... Comment t'es quand tu commentes ? Que tais-tu quand t'es têtu et que tu commentes et commentes et commentes ? Arrête de commenter et dis-moi comment t'es ! Vraiment !"

Vraiment. Vrai-ment ?... Alors qui croire ?

Celui qui dit la vérité est souvent celui qui se tait.

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3 novembre 2020 2 03 /11 /novembre /2020 10:56

Lorsque la secrétaire me lança dans le couloir : "Vous êtes perdue mademoiselle ?", je la dévisageai avec consternation.

Mais non, pas du tout, je n'étais pas perdue, j'étais au contraire gagnée.

Gagnée par le doute dans l'organisation labyrinthique du bâtiment.

 

Je ne savais pas s'il fallait tourner à droite ou à gauche après le quatrième couloir, celui de la secrétaire, qui s'empressa de répéter : "Vous êtes perdue mademoiselle ?"

Je cherchais mon chemin, je n'étais pas perdue. En quoi le fait de chercher relève-t-il de la défaite ? C'était même tout l'inverse, je souhaitais gagner un lieu. Et puis on ne perd que ce qu'on a à perdre, et le chemin, je ne l'avais pas encore trouvé. Sèchement je lui répondis :

"Pas du tout, absolument pas, je ne suis pas une demoiselle perdue. Ne savez-vous pas qu'on n'est jamais perdu dans un lieu qu'on ne connaît pas ? On découvre, on apprend et parfois on se trouve, et bien plus encore. Alors merci de ne plus être désagréable et arrêtez de dire que je suis une fille perdue.

- Je voulais juste vous faire gagner du temps.

- Mais vous m'en faites perdre et vous n'avez rien à y gagner.

- Si, votre reconnaissance : je vous renseigne, vous me remerciez, c'est gagnant gagnant.

- C'est gagnant gagnant si je suis perdue ? Je ne vous suis pas.

- Je vous ai perdue ?"

 

Je m'éloignai en grommelant. Une sorte de malaise me gagnait peu à peu. Enfin j'arrivai à destination. Bureau 453. Une deuxième secrétaire, jetant un œil rapide à ma convocation, s'exclama :

"Mais ce n'est pas le bon bureau ! Comment avez-vous échoué ici ?"

C'en était trop.

"Moi, échouer ? Moi, échouer ?"

Pourquoi me parler d'échec ? Il n'y a pas d'échec quand on n'a rien à gagner, ni à perdre d'ailleurs ! Non, il n'y avait pas d'échec, je n'avais rien raté, pas même une marche dans l'escalier en marbre. Moi je ne l'étais plus, de marbre : l'employée avait réussi à me faire perdre patience, alors que j'avais pourtant gagné le bon bureau.

"Mais ne vous énervez pas, ne perdez pas votre sang-froid, vous n'avez rien à y gagner !"

 

Ces deux femmes gagnaient leur vie en parlant d'échec et de perte à longueur de journée. À la sortie du bâtiment, je dois bien l'avouer, je me sentais un peu perdue en regagnant mes pénates. Échec et mat.

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29 octobre 2020 4 29 /10 /octobre /2020 21:53

Pour ne pas me perdre,
quelque chose en moi
(ou en dehors de moi, de plus grand que moi)
doit garder une direction,
et peut-être même un sens.

 

S’il faut s'astreindre à une posture ou un mouvement,
je choisirai la diagonale :
je relierai les points opposés,
résolument.

 

Je deviendrai l’ombre qui penche,
l'arbre tordu,
les pieds ancrés dans la terre à l'est
et le regard fixant le couchant.

 

Je choisirai l’entre-deux.
Ni l'horizontale
et son immobilité disloquée de corps de fusillé,
ni la verticale.
Je n’aime pas les garde-à-vous.

 

Je serai le regard en biais,
le sourire en coin,
la tête qui dodeline :
l’asymétrique.

 

Pour mieux résister aux rafales,
pour aller contre,
mieux vaut avancer penché
et cultiver les diagonales.

 

Et que les gens disent en me voyant passer :
« Qui est-ce là-bas ? »
Et qu’on leur réponde :
« C’est la fille qui penche,
qui penche
du côté où le monde est trop lourd. »

 

C’est le vent de ma ville qui m’a appris à pencher.
Pas de ces vents qui tournoient sur eux-mêmes,
pas ces bourrasques qui rendent fou et qui écœurent.
Non, c’est le vent qui rend libre,
qui envahit l’espace
et nous place
là où nous devons être.

 

Je suis celle qui avance penchée
sur la diagonale que lui souffle le vent.

 

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27 octobre 2020 2 27 /10 /octobre /2020 11:50

Pour toute chose simple existe un mot savant.
On dit « odontalgie » quand on a mal aux dents,
Et quand on se coltine un mauvais caractère,
On est « acrimonieux » ou bien « atrabilaire ».
Quand on n'a pas d'enfant, ça se dit « nullipare »
(Le fait d'en avoir dix n'est écrit nulle part).
Un sacré lèche-cul est un « thuriféraire ».
Un être maladif est « valétudinaire ».

 

Y’a du vocabulaire
Tout plein le dictionnaire
Mais que faut-il en faire ?
Y’a du vocabulaire
Mais pour être sincère
Qui aujourd’hui s’en sert ?


Fréquenter des milieux : avoir des « accointances ».
Parler d'un souvenir : une « réminiscence ».
L’âme réincarnée : une « métempsychose ».
Cécité sans lésion s’appelle une « amaurose ».
Plus chic que pétochard, un autre synonyme :
On désigne un craintif du mot « pusillanime ».
Certains morceaux de bois s’appellent aussi « éclisses ».
Un saignement de nez se dit « épistaxis ».

 

Y’a du vocabulaire
Tout plein le dictionnaire
Mais que faut-il en faire ?
Y’a du vocabulaire
Mais pour être sincère
Qui aujourd’hui s’en sert ?


La « physiognomonie » étudie les sal' gueules.
L'arrière-arrière-grand-père peut se dire « trisaïeul »,
Et quand on lui prêtait des amours « ancillaires »,
C’est qu’il troussait la bonne et qu’elle devait se taire.
Voyez, c'est pernicieux ou ça noie le poisson
De choisir « callipyge » plutôt que « beau croupion ».
La balance a cafté : quel sacré « sycophante » !
Il n’en fait qu’à sa tête : il vit en « dilettante ».

 

Y’a du vocabulaire
Tout plein le dictionnaire
Mais que faut-il en faire ?
Y’a du vocabulaire
Mais pour être sincère
Qui aujourd’hui s’en sert ?


Une fleur se referme à l’heure où vient la nuit :
Ce joli phénomène a nom «nyctinastie ».
Tournesol héliotrope et mortelle colchique,
La main de la nature nous rend « dithyrambiques ».
Quand la fin de l’été s’appelait « fructidor »,
L’obstiné bûcheron était-il « dendrophore » ?
Et son « intempérance » était-elle « atavique » ?
« Glouton et débauché, sûr que c’est génétique ! »


Y’a du vocabulaire
Tout plein le dictionnaire
Mais que faut-il en faire ?
Y’a du vocabulaire
Mais pour être sincère
Qui aujourd’hui s’en sert ?

 

C’est un jeu amusant : plonger dans le langage
Comme on pourrait nager dans un jardin d'images.
Toutes ces perles-là, que j’aime et que j’honore,
Savent habilement refleurir le décor.
Suivant les mots qu'on prend, les termes qu'on choisit,
On construit un palais ou un petit abri,
Mais parfois il vaut mieux un honnête chez-soi
Qu’un immense royaume où l’on aurait bien froid.


Y’a du vocabulaire
Tout plein le dictionnaire
Mais que faut-il en faire ?
Y’a du vocabulaire
Mais pour être sincère
Qui aujourd’hui s’en sert ?

 

Toute chose savante se dit en mots courants
Et parfois un discours est plus intelligent
Quand il est naturel sans supériorité :
Un langage commun fait de grandes idées.

Pour ne plus hésiter entre deux conceptions
(Appétit des beaux mots, soif de compréhension),
Le bon sens peut-être voudrait que l’on suggère
De s'asseoir tous les deux devant un dictionnaire.

 

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