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  • : Au tour de Clo
  • : Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.
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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 15:39
je n'ai pas trouvé de place pour me garer
c'est pour ça que je suis en retard
je suis désolée
d'habitude il n'y a pas autant de monde,
à croire que (      )
 
je n'aurais pas dû être en retard bien sûr
j'ai fait comme j'ai pu je suis partie assez tôt
mais (     )
 
il y avait bien une place pas loin
mais elle était trop petite pour ma voiture
et comme je suis un peu perturbée en ce moment je ne voulais pas risquer de l'abîmer en tentant un créneau
(      )
 
elles sont petites ces places quand même
ils devraient faire quelque chose
je ne sais pas
pour pas qu'il y ait du retard comme ça
 
((( elle n'aurait pas aimé ça, je pense, que je ne sois pas à l'heure )))
 
puis j'ai eu du mal à trouver le parcmètre
ça m'arrive rarement d’être en retard
je suis ponctuelle
on le dit que je suis ponctuelle
souvent c'est même moi qui attends d'ailleurs
mais aujourd'hui je ne sais pas, je (     )
 
 
je pourrais parler comme ça longtemps
du stationnement en centre ville
des pavés
des trottoirs
des bouchons aussi
des klaxons et des gens qui s'énervent un peu pour rien
je pourrais continuer
la tête ailleurs
avec cet air de se désoler de pas grand chose
pour ne pas parler d'elle
et des cloches qui tintent
dans ce ciel de silence
sur le parvis trop clair
où attend le corbillard où elle dort (et qui n'a pas eu à faire de créneau)
 
 
il arrive que l’on essuie
ostensiblement
la goutte de sang ridicule au bout du doigt
pour ne rien dire de l'hémorragie du cœur

 

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14 octobre 2020 3 14 /10 /octobre /2020 17:24
Des gens derrière des murs discrets
(des gens discrets derrière des murs)
s’éteignent doucement ou vivent au ralenti :
le pilulier leur dit
le jour de la semaine.
 
*
 
C’est joli et ça ne fait pas de bruit,
la semaine d’un pilulier.
Ça fait passer le temps mais sans trop le compter,
ça se répète,
silencieuse rengaine
qu’on remplit d’habitudes
et de rendez-vous réguliers.
 
*
 
Un goût d’enfance pourrait flotter dans l’air
où reviendrait parfois le souvenir des soirs
sur la toile cirée de la cuisine
où on recopiait les jours,
lundi, mardi, mercredi, et les autres,
en haut des pages des cahiers aux lignes violettes.
 
 
Les petites boîtes ont remplacé les lignes.
 
*
 
Comme il n’y a que sept jours dans une semaine,
on en oublierait les mois, et les saisons, et les années,
s’il n’y avait le miroir
derrière le pilulier.
 
*
 
Ça reprend tout au début, un pilulier.
Quitte à se bercer de l’illusion
que tout recommence, qu’on rejoue le jeu :
« Cette semaine ça ira mieux. »
 
On vide les cases une à une,
puis le dimanche soir,
on y dépose
les cachets, les gélules, les pilules, les poudres, les granulés
dont les noms ressemblent parfois à des îles lointaines
ou à un week-end à Venise au temps de l’acqua alta.
 
« Viens, on va jouer à la dînette et remplir les petites boîtes. »
Encore l'enfance qui pourrait s'inviter là.
 
On fait défiler la pharmacopée et toute la galénique.
 
« Tiens, avant, celui-là,
ils le donnaient en comprimé.
C’est drôle comme mot, "comprimé" :
ça appuie sur la cage thoracique
et c’est parfois dur à avaler
quand ça se répète
depuis des années. »
 
*
 
C’est joli, les noms de la semaine sur le pilulier.
C’est plein d’astres, de dieux et de déesses,
qui veillent
sur chaque heure,
semaine après semaine,
qui veillent
sur les humains
qui essaient malgré tout… de danser
même si leurs pieds… rasent les trottoirs…
même si… leur corps épuisé… doit s’asseoir… de plus en plus souvent… sur un banc.
 
 
Ils parlent à leur fatigue,
doucement, et concentrés,
pour ne pas prononcer un mot à la place d’un autre,
et ils lui disent :
« Regarde, regarde : les saisons ont changé. »
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8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 13:15

"Historien du regard et des poils érectiles",
C'est en ces termes-là qu'il se définissait.
Il savait repérer tout objet contrefait
Et se montrait toujours pointu et fort habile.
Moralité :
L'archéologue est un spécialiste en faux cils.

 

 

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8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 12:29

Colomba est extra et Carmen, bien amène,
La Vénus d'Ille, docile. Ah vraiment quelle veine !
Matteo, toujours beau... D'où la moralité :
C'est une période prospère mais rimée.


(Prosper Mérimée)

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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 08:59

Parle si tu veux,
prends le temps de parler, je t'écoute.

 

C'est le talent que le ciel m'a donné :
je sais attendre
et entendre jusqu'au bout les histoires.

 

Et j'attendais ton histoire.

 

Je ne te demanderai pas de tout résumer
en cinq minutes en une page en deux mots.
Prends le temps.

 

Peut-être n’auras-tu pas l’envie de tout dire ?
Peut-être voudras-tu au contraire tout révéler, dévoiler, répéter
pour que je comprenne mieux ?
Je prendrai ce que tu me diras,
mais aussi tes ratures, tes erreurs, tes retours, tes silences :
je les replacerai dans ce que tu me livres de ton histoire.

 

Je ne dirai pas :
"c'est donc pour ça que tu..."
Je ne t'interromprai pas et ne chercherai pas à tout comprendre.

 

Trop souvent j'ai dû résumer
en cinq minutes en une page en deux mots.
Condenser, concentrer, choisir en un éclair
la combinaison de syllabes-intonation-regard-expression
pour la seconde,
la toute petite seconde qu'on daignait m'accorder.

 

Combien de méprises et d'incompréhensions
dues à ce chronomètre invisible suspendu au-dessus de ma parole ?
J'ai si souvent senti mon temps compté
sous le couperet aiguisé et implacable des avis prompts, bien trop prompts, à trancher.

 

Mais toi, là, devant moi, parle, et parle longtemps si tu le veux.
Je t'écoute.

 

Je ne sais rien de la rivière
si je ne recueille qu'un peu d'eau dans le creux de ma main.
Ni de l'arbre immense
si ma paume ne s'attarde qu'un instant sur le tronc.
Deux notes n'ont jamais suffi à goûter la beauté d'une symphonie.

 

Le monde devient fou de sa course folle,
de son vertige permanent.
Il factorise à tout va pour que tout s'accélère,
il ne fait plus de place aux équations complexes qui se développent sur plusieurs lignes.

 

L'air du temps prétend vouloir simplifier et extraire une essence pure,
une goutte pour l'océan d'une vie,
pour que tout se résume,
pour faire de l'humain du tout petit, de l’infiniment minuscule, de l’absolument rien.

 

Alors qu'il y a dans ta parole
un autre monde, luxuriant, de sens, d’esprit,
de mouvements et de lumières, de sensations,
un monde où ma confiance peut rencontrer la tienne.

 

Alors parle si tu veux.
Et si tu ne le veux pas, je ferai aussi de la place pour ton silence.

 

 

 

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25 septembre 2020 5 25 /09 /septembre /2020 14:31

C'est parce que nous ne parlons pas le même langage.
...
Je disais :
C'est parce que nous ne parlons pas le même langage
que je me sens si seule,
isolée malgré le bruit,
et les verres qui s'entrechoquent,
et tout le monde qui trinque,
et la musique forte,
forte mais pas assez pour couvrir vos mots
qui ne sont pas ceux que connais,
pas ceux que je reconnais.

 

Je ne dis pas "utile"
Je ne dis pas "nécessaire"
Je ne dis pas "c'est exactement cela", "tu dois", "mais évidemment !"
Je ne dis pas "placement" ni "perspective" (sauf pour un tableau)

 

Je reste là,
à fixer un cheveu blanc
qui se perd sur une veste fashion ou sur un vêtement cool et chic.

 

Moi aussi j'ai quelques cheveux blancs
que j'arrache pour ne pas trop croire
à la voracité du temps.

 

Au bout du cheveu blanc que j'examine,
un visage que j'ai bien connu,
une sœur ou un frère d'un autre temps,
enfin, quelqu'un à qui un jour j'ai donné le joli nom d'ami.

 

Mais aujourd'hui nos jardins de paroles s'éloignent de plus en plus.
Il y a longtemps que nous ne cultivons plus les mêmes fleurs.
D'ailleurs cultivez-vous encore des fleurs ?

 

Oui je sais, elle ne sont pas utiles,
ni nécessaires,
elles ne constituent aucun placement,
ne présentent aucune perspective.

 

Oui je sais,
je devrais,
il faudrait,
vous savez,
oh vous savez certainement mieux que moi.
Bien sûr.
Vous savez.

 

...

...

Je ne dis rien ? Peut-être...
Mais en fait, non vous ne savez pas.
Vous ne savez pas.

 

Si je me tais,
c'est que je n'ai plus envie d'ouvrir mon jardin :
vous avez oublié qui vous étiez sous la veste,
et vous piétinez les fleurs sans y faire attention,
ou peut-être pire, en faisant attention à bien les piétiner.

 

C'est du béton dans vos yeux, c'est gris et triste au bout de vos premiers cheveux blancs.

Et moi j'ai des fleurs à faire pousser.

 

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15 septembre 2020 2 15 /09 /septembre /2020 08:02

Elle garde des fleurs séchées dans un vase en terre.
Des fleurs cueillies un jour d'été aride,
glanées dans un rire,
dans l'éclat de nos rires mêlés qui se ressemblent au coin des yeux.


Nous les avions posées toutes fraîches sur la table de la cuisine
avant de mordre à pleines dents dans les tartines du goûter.

Elle avait posé sa main sur la mienne,
sa main aux premières fatigues sur ma main encore neuve,
juste un peu griffée par les ronces,
et elle avait déclaré :
"Nous nous souviendrons de cette belle journée."

Deux poules étaient entrées dans la cuisine et nous fixaient depuis le seuil.
Quelques rayons de soleil filtraient derrière les branchages denses.
Le chat s'étirait dans la lumière de la fenêtre.

Elle avait rassemblé l'achillée et l'immortelle,
les hortensias et les épis de blé,
et avait attaché les tiges avec un bout de ficelle.
Les fleurs avaient séché longtemps,
jusqu'après la rentrée des classes.

 

Ce soir, elle souffle
_ de son souffle devenu plus petit _
sur le bouquet,
pour en chasser la poussière.
Et elle sourit du coin des yeux :
"C'est doux la mémoire parfois."

 

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13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 09:00

Des mondes turquoise tournent dans tes mains.
Tu jongles, petite fée.
L’univers se rassemble dans tes doigts
et nous sommes pantins au bout des fils que tu tisses.
Ton chant a transpercé nos peaux trop tôt endormies,
c’est le réveil du cœur que tu sonnes doucement.
Ton chant s’élève,
et déjà les oiseaux restent suspendus en plein vol, n’osent plus battre des ailes,
et déjà le vent se tait,
et l’immobilité des ombres,
et l’oubli du temps qui passe,
et nos yeux grands ouverts.
La terre t’écoute, petite fée.
Tu es musique,
et autour, tout devient silence.

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10 septembre 2020 4 10 /09 /septembre /2020 11:33

Au bout de mes doigts,
le ciel se fait doux et pommelé.
Comme la robe d’une jument craintive.
Je ne veux pas l’effrayer ni la chasser,
je tends simplement la main
vers ses naseaux frémissant.
Loin, plus loin que ne porte mon regard.  
Je frôle les frontières rêvées de l’espace.

 

Le soleil renverse sur le sol des encres de Chine changeantes.
La main des heures étire le pinceau,
dilue le gris qui se répand sur terre
et m’enveloppe aussi dans son grand manteau d’ombres.

 

Sur la nuée tranquille je trace des lignes d’écriture
pendant que la main des heures pétrit la voûte céleste.
Mes yeux ont faim de ce pain-là,
le seul qui nous sera toujours donné.

 

Que resterait-il à dire si tout n’était qu’azur ?

 

Quand le bleu devient trop intense,
la solitude m’étreint le cœur.
Une mélancolie vague,
et le désarroi du réveil,
et la rumeur douloureusement lointaine du monde,
et les phares perdus sur l’océan.

 

Quand le bleu devient trop intense,
je recherche, égarée, la course des nuages.

 

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28 août 2020 5 28 /08 /août /2020 11:34

Ferme les yeux
et divague sur notre radeau de sommeil,
dans nos navigations de paresseux dimanches.


Les rives sont riantes et gorgées de lumière,
les draps gonflés sous le souffle maritime des soupirs.
Nos cheveux sur l'oreiller se mêlent en algues brunes.
Nous rions et oublions les doutes et les naufrages.


Tes baisers sont de sel et ils me donnent soif
(de frissons, de draps froissés).
Une caresse assoupie musarde
sur les dunes tièdes de nos peaux de sable
sous les cieux tissés d'éclairs brûlants.


Imagine :
une vie de bord de mer.


Les passants de la digue nous prendraient
pour deux cerfs-volants fatigués,
abandonnés ou laissés au repos
dans la respiration douce des oyats
avant que n'éclate le mauvais temps.


Nous ne bougerions pas
tout absorbés dans la contemplation des jeux de va-et-vient de l'eau sous les nuages.
Ni sextant ni boussole pour connaître la course du ciel.


Imagine :
ce carré de bleu par la fenêtre, c'est l'océan qui nous attend.


On louerait pour deux mois un appartement vue sur mer
juste au-dessus d'une petite boutique de souvenirs.
On saluerait le soleil à son lever, à son coucher,
on lui dirait "à demain !" comme on se le dit tous les soirs.
Il disparaîtrait lentement et laisserait les marées veiller sur nos songes.


Ça serait le sable et l'écume à tous les vents,
ça serait le silence et la rumeur des vagues,
et les algues et les galets mille fois polis,
et cette immuable beauté et cette éternelle grandeur aux camaïeux changeants.

 

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