Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Au tour de Clo
  • : Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.
  • Contact

Recherche

Liens

16 octobre 2021 6 16 /10 /octobre /2021 19:18

En vrac, je me sens

 

Éparpillée

Miettes et morceaux

Mots clairsemés

Sombres semés dans le grand champ des impossibles

 

 

À saisir avec des pincettes, je me sens

 

C'est pas le jour

On fait aller

Emballé c'est pesé

Mais pesé c'est pas grand-chose

 

 

Dans un bocal, je me sens

 

Ou comme une bouteille à la mer

À la goutte à la gorgée

Au litre ou à l'unité

 

Posée sur les plateaux de la balance

Qui pèse le pour et le contre-sens

Comme un tape-cul perpétuel

La houle dans le coeur

J'ai le mal de mer

Ça vertige et ça tourbillonne

 

Prise la main dans le sac de mon spleen

C'est tout comme

Un poisson nu dans un bocal

C'est pas le jour

On fait aller

On fait aller

Partager cet article
Repost0
12 décembre 2020 6 12 /12 /décembre /2020 21:57

Le café fume entre ses paumes fatiguées,
lui réchauffe le ventre et le sang.

 

Les racines noueuses des oliviers
creusent de nouvelles rides sur ses mains.
Sur la route du retour,
le temps d'une halte dans un restaurant de station service,
il entend parler
la langue des ancêtres
que l'exil n'a pu effacer.


Il laisse la tasse de café vide
et reprend sa place dans le car.
Squelette balloté sur le siège cahotant.
Et sa chair autour,
et ses muscles, harassés
d'avoir tant travaillé,
vibrent au diapason de la mémoire.


Route de poussière.
Peuple de poussière.


On devine des métaphores qui courent
sous les paupières fines des passagers.
Une espérance,
l'hymne des colombes,
et les festins de figues et de soleil.

 

Peu à peu,
"là-bas"
redevient
"ici".


Les langues s'inversent,
l'horizon module les voyelles.


L'identité se reconstruit dans une parole.

Partager cet article
Repost0
14 octobre 2020 3 14 /10 /octobre /2020 17:24
Des gens derrière des murs discrets
(des gens discrets derrière des murs)
s’éteignent doucement ou vivent au ralenti :
le pilulier leur dit
le jour de la semaine.
 
*
 
C’est joli et ça ne fait pas de bruit,
la semaine d’un pilulier.
Ça fait passer le temps mais sans trop le compter,
ça se répète,
silencieuse rengaine
qu’on remplit d’habitudes
et de rendez-vous réguliers.
 
*
 
Un goût d’enfance pourrait flotter dans l’air
où reviendrait parfois le souvenir des soirs
sur la toile cirée de la cuisine
où on recopiait les jours,
lundi, mardi, mercredi, et les autres,
en haut des pages des cahiers aux lignes violettes.
 
 
Les petites boîtes ont remplacé les lignes.
 
*
 
Comme il n’y a que sept jours dans une semaine,
on en oublierait les mois, et les saisons, et les années,
s’il n’y avait le miroir
derrière le pilulier.
 
*
 
Ça reprend tout au début, un pilulier.
Quitte à se bercer de l’illusion
que tout recommence, qu’on rejoue le jeu :
« Cette semaine ça ira mieux. »
 
On vide les cases une à une,
puis le dimanche soir,
on y dépose
les cachets, les gélules, les pilules, les poudres, les granulés
dont les noms ressemblent parfois à des îles lointaines
ou à un week-end à Venise au temps de l’acqua alta.
 
« Viens, on va jouer à la dînette et remplir les petites boîtes. »
Encore l'enfance qui pourrait s'inviter là.
 
On fait défiler la pharmacopée et toute la galénique.
 
« Tiens, avant, celui-là,
ils le donnaient en comprimé.
C’est drôle comme mot, "comprimé" :
ça appuie sur la cage thoracique
et c’est parfois dur à avaler
quand ça se répète
depuis des années. »
 
*
 
C’est joli, les noms de la semaine sur le pilulier.
C’est plein d’astres, de dieux et de déesses,
qui veillent
sur chaque heure,
semaine après semaine,
qui veillent
sur les humains
qui essaient malgré tout… de danser
même si leurs pieds… rasent les trottoirs…
même si… leur corps épuisé… doit s’asseoir… de plus en plus souvent… sur un banc.
 
 
Ils parlent à leur fatigue,
doucement, et concentrés,
pour ne pas prononcer un mot à la place d’un autre,
et ils lui disent :
« Regarde, regarde : les saisons ont changé. »
Partager cet article
Repost0
30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 08:59

Parle si tu veux,
prends le temps de parler, je t'écoute.

 

C'est le talent que le ciel m'a donné :
je sais attendre
et entendre jusqu'au bout les histoires.

 

Et j'attendais ton histoire.

 

Je ne te demanderai pas de tout résumer
en cinq minutes en une page en deux mots.
Prends le temps.

 

Peut-être n’auras-tu pas l’envie de tout dire ?
Peut-être voudras-tu au contraire tout révéler, dévoiler, répéter
pour que je comprenne mieux ?
Je prendrai ce que tu me diras,
mais aussi tes ratures, tes erreurs, tes retours, tes silences :
je les replacerai dans ce que tu me livres de ton histoire.

 

Je ne dirai pas :
"c'est donc pour ça que tu..."
Je ne t'interromprai pas et ne chercherai pas à tout comprendre.

 

Trop souvent j'ai dû résumer
en cinq minutes en une page en deux mots.
Condenser, concentrer, choisir en un éclair
la combinaison de syllabes-intonation-regard-expression
pour la seconde,
la toute petite seconde qu'on daignait m'accorder.

 

Combien de méprises et d'incompréhensions
dues à ce chronomètre invisible suspendu au-dessus de ma parole ?
J'ai si souvent senti mon temps compté
sous le couperet aiguisé et implacable des avis prompts, bien trop prompts, à trancher.

 

Mais toi, là, devant moi, parle, et parle longtemps si tu le veux.
Je t'écoute.

 

Je ne sais rien de la rivière
si je ne recueille qu'un peu d'eau dans le creux de ma main.
Ni de l'arbre immense
si ma paume ne s'attarde qu'un instant sur le tronc.
Deux notes n'ont jamais suffi à goûter la beauté d'une symphonie.

 

Le monde devient fou de sa course folle,
de son vertige permanent.
Il factorise à tout va pour que tout s'accélère,
il ne fait plus de place aux équations complexes qui se développent sur plusieurs lignes.

 

L'air du temps prétend vouloir simplifier et extraire une essence pure,
une goutte pour l'océan d'une vie,
pour que tout se résume,
pour faire de l'humain du tout petit, de l’infiniment minuscule, de l’absolument rien.

 

Alors qu'il y a dans ta parole
un autre monde, luxuriant, de sens, d’esprit,
de mouvements et de lumières, de sensations,
un monde où ma confiance peut rencontrer la tienne.

 

Alors parle si tu veux.
Et si tu ne le veux pas, je ferai aussi de la place pour ton silence.

 

 

 

Partager cet article
Repost0
10 septembre 2020 4 10 /09 /septembre /2020 11:33

Au bout de mes doigts,
le ciel se fait doux et pommelé.
Comme la robe d’une jument craintive.
Je ne veux pas l’effrayer ni la chasser,
je tends simplement la main
vers ses naseaux frémissant.
Loin, plus loin que ne porte mon regard.  
Je frôle les frontières rêvées de l’espace.

 

Le soleil renverse sur le sol des encres de Chine changeantes.
La main des heures étire le pinceau,
dilue le gris qui se répand sur terre
et m’enveloppe aussi dans son grand manteau d’ombres.

 

Sur la nuée tranquille je trace des lignes d’écriture
pendant que la main des heures pétrit la voûte céleste.
Mes yeux ont faim de ce pain-là,
le seul qui nous sera toujours donné.

 

Que resterait-il à dire si tout n’était qu’azur ?

 

Quand le bleu devient trop intense,
la solitude m’étreint le cœur.
Une mélancolie vague,
et le désarroi du réveil,
et la rumeur douloureusement lointaine du monde,
et les phares perdus sur l’océan.

 

Quand le bleu devient trop intense,
je recherche, égarée, la course des nuages.

 

Partager cet article
Repost0
17 juillet 2020 5 17 /07 /juillet /2020 17:33

Le tronc vient de tomber sous les coups de la hache.
Un promeneur distrait sur la souche trébuche.
"Ah ! Un arbre mourant !" Il essaie sans relâche
De le réanimer. Absurde et vaine tâche.


Moralité : à rien ne sert le bouche à bûche.

 

Partager cet article
Repost0
15 juillet 2020 3 15 /07 /juillet /2020 14:05

Répartissant les tâches en toute parité,

Ce couple-là avait le sens de l’équité

Au point que leurs deux peaux fonctionnaient en osmose :

L’un suait sous les bras, l’autre suait des pieds.

Moralité : c’était moite-moite pour toute chose.

Partager cet article
Repost0
13 juin 2020 6 13 /06 /juin /2020 18:18

C'est fou, tout ce qu'on espère.

 

Tout cet espoir qu'on lance à la volée,

dans nos voix,

dans nos vœux,

dans nos messages,

dans nos prières même peut-être.

 

"J'espère que tu vas bien" ;

"j'espère que nous nous reverrons" ;

"j'espère que ton nouveau travail te plaît" ;

"j'espère que vous irez bientôt mieux" ;

"nous espérons te voir à Noël" ;

"nous espérons qu'elle aimera son cadeau" ;

"j'espère que tu es heureux."

 

Bien sûr nous espérons

car le futur est incertain,

qu'il joue des tours à nos destins et nos désirs.

 

Évidemment, évidemment,

nous savons tout cela,

nous savons tous cela.

 

Mais n’espérons-nous pas aussi

car nous ne sommes pas là ?

car nous ne sommes plus là ?

plus assez près,

plus assez proches,

plus assez vivants de la même pulsation

de la même essence

de la même ardeur ?

 

Et plus nous nous éloignons, et plus nos mots espèrent,

plus notre langage se force à espérer,

plus notre plume ne peut qu’espérer.

 

Nous espérons car notre vie s'écarte des vies des autres.

 

Évidemment, évidemment,

mais combien d'entre nous savons cela ?

 

Il n'y a pas besoin d’espérer si je vois comment tu vas,

que ton travail ne te plaît pas,

qu'elle n'a pas aimé son cadeau,

que tu es heureux, au moins un peu.

 

Ce que nous espérons en paroles,

c’est tout ce que nous ne vivons pas avec l'autre.

 

Car nous ne savons plus être présents.

 

 

L'espoir est alors la seule chose qui nous reste

pour nous consoler

de cette distance entre les êtres

qui croît inexorablement

 

même quand ils s'aiment,

surtout quand ils s'aiment.

 

C'est fou, tout ce qu'on espère.

Partager cet article
Repost0
14 mai 2020 4 14 /05 /mai /2020 09:22

Quand nous nous reverrons,
nous réapprendrons
la foudre et le ruisseau
le silence de la dune
la brume dans les bruyères
les naissances de la lune.


Nous apprivoiserons à nouveau
nos peaux
et nos baisers aux bribes frissonnantes,
nos corps aux pulsations fragiles,
aux interludes chaotiques.


Nous fêterons la longue convalescence de nos mélancolies.


Nous ferons courir des arcs-en-ciel dans nos labyrinthes
et nous nous retrouverons.
Et puisque nous aurons appris
à conjuguer l’éphémère au temps de l’espérance,
nous marcherons sans peur
au bord de l’horizon.
Nos pieds nus arpenteront
les ellipses des continents.
Nous danserons sous la pluie.


Nous oublierons les trahisons et les ruptures.
Nous saurons recoudre nos tapis volants
tissés d’améthystes, de perles et de carmin.
Nous descendrons des fleuves merveilleux,
et nous jetterons dans la mer
comme de grands soleils libérés.
Nous goûterons l’écume
et le sable si fin,
la vague qui s’y brise et qui revient toujours.


Et puis de nouveaux mots
viendront fleurir nos lèvres,
des mots que nous saurons cultiver
et dire à tour de bras.
Nous aurons extirpé un nouveau monde
hors de sa chrysalide
hors du vacarme de l’univers.
Un monde né de la douceur de l’inachevé.


Le liseron tranquille s’entortillera
tout autour de nos doigts
en entrelacs savants.
Nous le laisserons faire.

 

Nous aurons dessiné un peu de sagesse.
Nous ouvrirons nos fenêtres aux orages
et nos rires allumeront des brasiers gigantesques.
Apprentis alchimistes,
nous mélangerons l’or des métamorphoses
au plomb des solitudes.


Nous renommerons les rues,
accrocherons des rubans
aux branches des pommiers en fleurs.


Nous rangerons les cages et les horloges
et nous réfugierons
dans le parfum tiède et insolent des roses.


Nous chercherons partout où se cachent
le poème
et la vie
et la joie qui nous ont fait défaut :
dans le repos des étoiles
sous les cloches des perce-neige
dans la soie des anémones
ou la toile de l’araignée laborieuse.
Les yeux levés aux nues sous les dentelles de la canopée,
nous regarderons chaque recoin,
chaque fragment,
pour en imbiber nos mémoires
pour y noyer nos yeux.


Nous soignerons la terre,
et le baume de nos mains
pansera ses ecchymoses.


Tout cela sera possible
Puisque nous aurons été fidèles au ciel et au temps.


Nous n’avons qu’une seule conviction :
un champ de ruines
reste avant tout un champ.
Il y poussera ce que nous y sèmerons.

Partager cet article
Repost0
26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 17:02

Texte répondant à la contrainte oulipienne du prisonnier. Il s'agit pour le prisonnier d'économiser le papier et d'écrire une lettre à quelqu'un de son entourage, et pour cela, il s'abstient d'utiliser des lettres qui "montent" comme le h, le t, le b, etc, et de lettres qui "descendent" (q, y, g, etc).

 

sous un vernis irisé ,
nous avons connu une ivresse immense,
nos vœux exaucés sans cesse
en camaïeux roses souverains…

nous avons couru vers une rive, vers une mer encore inconnue,
erré sur son écume, ses remous, ses marées
nous avons souri aux navires, aux oiseaux marins,
usé nos voix en cris ravis,
renversé un encrier sur nos mémoires

nous avons suivi un rêve
comme on crée une maison, ou une aurore,
nous nous sommes amusés,
nous avons ri et inversé nos raisons

mais un venin sans merci
a visé nos cœurs amoureux,
arasé nos noms sacrés

sans savoir sa cause
un massacre amer avance :
érosion ou ennui

ce soir nous ruminons
sur nos vies mesurées...
murées en nos noirceurs,
nos âmes sœurs anémiées,
cassées,
essorées

nous économisons nos sourires, nos murmures...
sous nos armures, nos mains croisées sans se saisir,
sous nos cuirasses, nos caresses anciennes évanouies,
sur nos écorces, une eau versée arrose nos romances en morceaux

nous n’osons nous souvenir...
un amour si sucré...

saurons-nous encore raviver sa saveur
où est sa source
avons-nous un sérum une cure un recours

ou sinon, rassure-moi
et écrivons sur nos murs :
oui, ça aura eu un sens

Partager cet article
Repost0