Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.
Comme il faut nommer ce qu'on aime,
J'l'avais appelé Napoléon.
Je n'savais pas qu'à cause d'un nom,
On pouvait avoir des problèmes…
Car il paraît que dans la loi,
Dans le code civil de l'empire,
C’est étonnant, vous allez rire,
On ne fait pas n'importe quoi :
Il est formellement interdit
De donner à son porcelet,
Qu'il soit joli ou qu'il soit laid,
Le doux nom que j'lui avais mis.
Ben mon cochon ! Si j'avais su !
J't'aurais appelé Georges ou Fernand !
C'est sûr que Georges c'est moins cossu,
Et que Fernand c'est moins marrant,
Mais mon cochon, mon p'tit dodu,
J'aurais dû t'appeler autrement.
Mais c'est son regard d'empereur,
Sa prestance et sa volonté,
Son poil fin, son air décidé
Qui m'ont fait commettre l'erreur !
Je sentais que de grandes choses
Pouvaient arriver dans sa vie
(Voire même conquérir l'Italie),
Et un prénom, ça prédispose !
Monsieur le juge, mes chers jurés,
Cette mascarade est ridicule !
Si je l'avais baptisé Jules,
On ne m'aurait rien reproché.
Ben mon cochon ! Si j'avais su !
J'aurais sans doute choisi César !
Tant pis si c'est plus répandu,
Y avait pas de coup d'Trafalgar !
Oui mon cochon, coquin têtu,
On aurait été plus peinard.
Les points communs sont si nombreux
Entre ces deux Napoléon :
N'aimant pas la restauration,
D'origine corse tous les deux,
Sans parler de leur odorat
A priori développé…
Les livres d'histoire sont truffés
De ce genre d'anecdotes-là !
Et comme un groin dans le giron,
Ça s'anagramme la bouche en cœur,
Il paraîtrait que l'empereur
Pouvait être un sacré cochon !
Ben ma p'tite couenne ! Si j'avais su !
Je t'aurais laissé anonyme
On se serait bien entendus
Sans se donner de noms intimes…
Ah ma p’tite couenne, j’suis bien ému
Comme notre faute est infime...
Les jours où je le sors en laisse,
J’aime lui mettre un beau harnais,
Car croyez-le, il est coquet !
Admirez donc ce port... d'altesse !
Cette noblesse dans la dégaine
De mon mignon filet mignon,
Mon quadrupède en tire-bouchon,
Mon marcassin de porcelaine !
Dire que je suis en infraction
Juste pour l'avoir prénommé
Comme ce bicorne galonné…
Ah ! servez donc moi un Bourbon...
(un Louis XVIII ! et plein de glaçons !!)
Ben mon cochon ! Si j'avais su !
J't'aurais appelé Brian ou Steve !
Même si cela t'aurait déçu
T'aurais subi moins d'invectives.
Ah mon cochon ! Joli joufflu !
La justice part à la dérive...
S'il avait été un cheval,
Ou une autruche ou un dindon,
Il s'appellerait Napoléon
Sans que cela fasse un scandale.
C'est absolument injurieux
Pour la famille des Suidés
D'être sans cesse stigmatisés
Pour des motifs si peu sérieux !
C'est bête de finir en prison
(Enfin... de passer hors la loi)
Pour avoir donné de bonne foi
Ce nom illustre à mon lardon.
Ben mon cochon ! Si j’avais su
Que tant de lois subsistent en France,
Annihilant l’individu…
Combien faudra-t-il de souffrances,
De plaidoyers, de mises à nu,
Pour qu’enfin règne la tolérance ?
Ben mon cochon ! Si j’avais su !
Si j’avais su, on s’rait pas venu !