Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.
On vit
en écoutant le bruit des villes défonçant l'asphalte à la lueur blafarde des réverbères fatigués,
en fermant les yeux sous la pluie de septembre qui coule sur nos joues,
en souriant devant les devantures illuminées de guirlandes au premier jour de l’hiver.
On vit
en espérant être ailleurs, ou être quelqu'un d'autre,
en taisant l'inavouable envie de rester planté là, comme un arbre de bord de route, une fleur de trottoir qu'on ne regarde pas.
On vit
en oubliant, car il faut oublier, qu'un jour, on conjuguera pour nous au passé,
et oublier la poussière en la chassant d’un revers de main
(ah… demain…).
On vit
avec sur les épaules le poids des mondes avortés, avec des rêves qui prennent trop de place, avec le cœur vivant des océans immenses qui bat dans nos tempes au tempo des marées,
les yeux tournés vers le ciel où les nuages au ralenti se transforment parfois en châteaux de fumée.
On vit
d’espoirs si grands qu’on ne peut les embrasser.
On vit
En tenant l’autre par la main, pour avancer quand même dans l’ombre des incertitudes, en équilibre d’illusions.
On vit
en se grisant de la légèreté d’être, au cours fluide des rivières qui ne s’étonnent pas d’être rivières et s’amusent en tricots d’algues, en écailles pailletées de poissons, et glissent entre les lignes, se faufilent tout simplement dans le courant.
On vit
Sans penser au souffle qu’il nous faut, aux muscles qui se tendent, aux nerfs qui nous parcourent, à l’influx de force et de volonté que tout cela demande.
On vit
de nos erreurs.
On vit
de nos souffrances, pour y sonder la consolation des jours à venir, et l’inquiétude des nuits blanches à repeindre sans cesse pour effacer le vide.
On vit
parce qu’il faut bien vivre !
Qui le ferait pour nous ?
Alors,
Alors,
On vit
les yeux perdus dans le vague ou dans l’obsession d’un but à atteindre, cramponnés à nos certitudes ou ivres de liberté.
On vit
à cent à l’heure, pour ne pas voir la route avancer, pour ne pas avoir le temps de le prendre,
ou en comptant chaque seconde, en pesant sa valeur à chaque respiration, en guettant sur chaque horloge la détresse de notre finitude, de notre non-éternité, de notre déchéance qui voit tomber à terre nos cheveux déjà blancs et nos promesses trahies.
On vit
pour se convaincre que l’on va semer des étoiles en n’attendant rien d’autre que leur lumière, et courber des arcs-en-ciel pour des flèches sans d’autre cible que le vent.
On vit
sans comprendre le pourquoi, sans vouloir connaître la fin mais en anticipant la suite.
On vit
sans air et sans chanson, sans mouvement de l’âme, immobile, impassible, à deviner demain en fenêtre fermée.
On vit
à côté, au bord, trop loin, trop près, sans bruit et sans silence, entre deux, nulle part, ailleurs, partout, sans raison et sans but, juste parce qu’on est là.
On vit
Et c’est déjà ça.