Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.
Toute la tragédie du monde tient dans la chute
et il n'y a pire douleur que la détresse de l'être qui tombe
La chute
De l’instant où l'existence bascule
au moment précédant l'impact
la réalité de l'impact
La vie qui se penche sur le rebord de la fenêtre du destin
et qui se renverse et passe au-delà
et amorce peu à peu la descente
Lorsque la sensation du vide envahit le silence
dans un entre-deux interminable
avant le crash ultime
avant l'écrasement
avant le choc
Le temps de la descente
Dans un puzzle de vie défait
où il manque un fragment
qui définit un trou
où s’engouffrent les jours à venir
Un puzzle où les pièces ne trouvent plus leur place
où l’image se déconstruit peu à peu
pour n’être plus qu’un amas de bouts de rien vide de sens
La chute
Ce mouvement inexorable impitoyable sans retour
parfois vertige et précipice
parfois glissade inéluctable
paliers effondrés les uns après les autres
malgré les efforts
A peine le temps de reprendre son souffle
De la santé à la maladie
de l’amour à l’indifférence
de la vie à la mort
Ce mouvement qui commence
le jour du diagnostic
le jour du licenciement
le jour du premier deuil
le jour de la séparation
le jour où la bombe est tombée
Juste avant l’impact
juste avant les décombres
juste avant les cendres
Après le dernier baiser
après le dernier rire
après le dernier sentiment d'accomplissement
après le dernier regard au monde
Juste avant d’être assis contre les vitrines
à tendre la main aux passants indifférents
Lorsque la chute se cache dans des impayés des factures déchirées des coupures d’électricité des ventres qui se tordent à force d’être vides
Juste avant d’essuyer ses larmes devant le petit cercueil blanc
Lorsque la chute coule dans le liquide des perfusions et se révèle en opacité métastatique
Juste avant d’écouter l’absence dans une maison devenue trop grande
où plus aucune main ne vient frôler le visage
Lorsque la chute éclate contre le sol en vaisselle brisée et en silences pesants
Juste avant de n’être rien
Lorsque la chute renvoie dans les miroirs
le reflet d’un être
déclassé, dévalué
qui a plongé dans le vide
dégringolé dans le rien
Juste avant
Alors
Ne pas juger celui qui est à terre
Ouvrir les yeux
Tendre la main
Garder en tête que peut-être demain
Nous serons les prochains à tomber