Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.
Je me sens andalouse
Et mes lèvres jalouses
S'emparent de ta bouche
Comme on cueille l'orange
Avant de la jeter
Je me vois sévillane
Et mes dix doigts se damnent
Pour chasser quelques mouches
Que la chaleur étrange
Sur mes mains a posées
Sous les robes à volants
Les talons martelant
De leur rythme rageur
La brûlante poussière
Répètent un chant ancien
Et je deviens Carmen
Pâle devant l'arène
Où un torero pleure
En habit de lumière
Sous l'oeil des bohémiens
Je suis dans l'Alcazar
Aux plafonds mudejar
Aux murs frais et sereins
Couverts de mosaïques
En anis étoilé
Je suis l'après-midi
Qui somnole engourdi
Dans l'été souverain
D'un rêve oecuménique
Qui file inconsolé
Je me fais grenadine
J'élève des collines
En Sierra Nevada
Je sais la mer au loin
Où mon passé s'envole
Et dévalant ses tours
Vite et le souffle court
Je dévore l'Alhambra
A l'ombre des jardins
Que le soleil affole
Je suis Guadalquivir
Fleuve qui va et vire
Eau verte de promesses
Qui accroche à ses rives
Des villages blancs de chaux
Je m'égare dans Cordoue
Vivre y paraît si doux
Céder à mille ivresses
Partir à la dérive
Aux nuits de ton corps chaud
Les colonnes de marbre
Qui figurent autant d'arbres
Roses et gris de silence
Dans la mosquée des uns
Des autres cathédrale
Et je vous apostrophe
Statues de philosophes
Poètes hommes de science
Dans les rues et recoins
Aux parfums de santal
Cadix Jerez Huelva...
La barrière de Ceuta
Qu'on n'a pas pu franchir
Il reste le détroit
Quand on est clandestin
Mais un courant trop fort...
Et nos yeux déjà morts...
Adieu Guadalquivir
Adieu terre de joie
Qui scella mon destin
Jamais je ne serai
Espagnole jamais
Et notre embarcation
N'a rien d'une caravelle
Mais devient noir tombeau
La mer aux mains affreuses
Arrache les danseuses
Des bras des illusions
Et elle a pris cruelle
Mon dernier flamenco