Overblog Tous les blogs Top blogs Humour
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.

Publicité

le chien

le chien de la veuve

lui chauffe les pieds

lui lèche les mains

et souffle à son oreille

il dort sur ses chaussons

ou parfois dans le lit

il ne sent pas très bon

et alors ? peu importe

c'est chaud ça fait du bien

c'est comme un souvenir

quand il bouge parfois

sa présence rassure

dans son demi-sommeil

elle se prend à rêver

que son homme la berce

comme aux premières nuits

 

le chien de la veuve

a maintenant droit au canapé

à un bout de jambon qu'on lui tend sous la table

il a le regard droit

il l'a toujours fixée au fond des yeux

alors que tant d'humains n'osaient croiser sa peine

 

des poils un museau des traces de pattes partout

quatre kilos tout mouillé

c'est pas grand chose en soi

mais s'il n'était pas là

si elle ne l'avait pas

qui lui dirait encore

que le jour n'est pas mort ?

que le soleil se lève

et que les oiseaux narguent les framboises au jardin ?

qu'il faut ouvrir la porte et le laisser sortir

et laisser rentrer l'air qui chasse les fantômes ?

 

le chien de la veuve

aboie sur les volutes vespérales des tisanes

il gronde contre son ombre

et saute sur les genoux quand viennent les enfants

il renifle parfois l'oreiller de son maître et pousse un petit cri

sent-il son absence ? l'appelle-t-il la nuit ?

 

il sait que c'est ainsi

qu'on ne peut rien y faire

mais que l'eau est fraîche dans le bol

et les balades douces

il sait qu'il faut chasser les mouches

piétiner devant l'écran de la télé allumée

et japper joyeusement quand sonne la grosse horloge

 

le chien de la veuve

vieillit à petits pas

s'oublie sur le tapis

se cogne contre les meubles

et il ne mange plus le jambon sous la table

 

et moi qui sais tout ça

moi qui les connais bien

je remplis la mort dans l'âme la seringue rose

 

"je ne veux pas qu'il souffre" me dit-elle doucement

en caressant le corps amaigri

au poil sali et terne

en jetant un pauvre sourire

sur l'oeil qui s'ouvre à peine

 

tout se fait en silence et c'est déjà fini

"je le mettrai en terre au pied du grand pommier

à l'automne, les fruits tombés seront comme des balles que lui lancera le vent...

et après, moi..."

 

chez elle maintenant l'horloge et le silence

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
G
Superbe. Je me garde les autres textes pour un peu plus tard et et les lire à petit feu
Répondre