Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.
le chien de la veuve
lui chauffe les pieds
lui lèche les mains
et souffle à son oreille
il dort sur ses chaussons
ou parfois dans le lit
il ne sent pas très bon
et alors ? peu importe
c'est chaud ça fait du bien
c'est comme un souvenir
quand il bouge parfois
sa présence rassure
dans son demi-sommeil
elle se prend à rêver
que son homme la berce
comme aux premières nuits
des poils un museau des traces de pattes partout
quatre kilos tout mouillé
c'est pas grand chose en soi
mais s'il n'était pas là
si elle ne l'avait pas
qui lui dirait encore
que le jour n'est pas mort ?
que le soleil se lève
et que les oiseaux narguent les framboises au jardin ?
qu'il faut ouvrir la porte et le laisser sortir
et laisser rentrer l'air qui chasse les fantômes ?
le chien de la veuve
aboie sur les volutes vespérales
et saute sur les genoux quand viennent les enfants
il renifle parfois l'oreiller de son maître et pousse un petit cri
sent-il son absence ? l'appelle-t-il la nuit ?
il sait que c'est ainsi
qu'on ne peut rien y faire
mais que l'eau est fraîche dans le bol
et les balades douces
il sait qu'il faut chasser les mouches
piétiner devant l'écran de la télé allumée
et japper joyeusement quand sonne la grosse horloge
le chien de la veuve
vieillit à petits pas
s'oublie sur le tapis
se cogne contre les meubles
et il ne mange plus le jambon sous la table
et moi qui sais tout ça
moi qui les connais bien
je remplis la mort dans l'âme la seringue rose
"je ne veux pas qu'il souffre" me dit-elle doucement
en caressant le corps amaigri
au poil sali et terne
en jetant un pauvre sourire
sur l'oeil qui s'ouvre à peine
tout se fait en silence et c'est déjà fini
"je le mettrai en terre au pied du grand pommier
à l'automne, les fruits tombés seront comme des balles que lui lancera le vent...
et après, moi..."
chez elle maintenant l'horloge et le silence