Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.
Mon lit est un avion, un train ou un bateau, une montgolfière rouge, un sous-marin en bois. Mon lit a des pouvoirs que vous n’imaginez pas. Il transforme le tapis en océan tranquille, et les moutons qui bêlent sur le sol deviennent des nuages. Mon lit n’a pas de roue, mais roule sur tous les continents, il n’a pas de hublot mais ne reste jamais à quai, il n’a pas d’ailes mais s’envole chaque jour plus haut.
Je ferme les yeux pour construire un paysage. Là je mets des arbres qui frissonnent en été, je mets un grand soleil car le radiateur de ma chambre est en panne, je place une cabane dans un arbre et sur le seuil de la cabane, une famille d’écureuils qui joue sur le rocking chair. La dernière fois, j’avais bâti une gare à cent mètres de là. Mon train s’y arrête parfois et je visite mon château haut perché.
Si de la musique m’appelle, je me retrouve entre les guitares de mariachis aux grands chapeaux ou assis devant les percussions d’Africains aux cheveux tressés. Je peux danser le flamenco ou la danse du ventre, je peux prendre le thé avec la reine d’Angleterre ou goûter le silence d’un temple tibétain.
Mon lit a des pouvoirs infinis. Il me ramène si je veux au temps de la ruée vers l’or et mes pieds barbotent dans l’eau glacée tandis que mon tamis se remplit de pépites. Je peux courir en tête des barricades, un bonnet phrygien enfoncé sur les oreilles. Je peux être marchand dans une foire médiévale ou Indien d’Amérique avant que n’arrivent les colons.
Un jour on a changé mon lit : il était devenu trop petit.
Mais tout a continué, le nouveau lit aussi était magique. Ou peut-être y a-t-il tout simplement sous la couette un poète qui n’a pas oublié comment se fabriquent les rêves.