Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.
A notre retour d'Australie, on nous a posé pas mal de questions concernant la vie là-bas : les habitants, leurs habitudes, les animaux entre autres. Certains nous ont demandé s'il y avait des SDF. On en a vu quelques uns effectivement, parmi lesquels les aborigènes étaient surreprésentés par rapport à la population générale (mais ceci est un problème trop sérieux et sur lequel je n'aurais pas d'analyse solide à apporter).
Intéressons-nous plutôt à une autre population en difficulté : les Ibis sacrés. Reconnaissables immédiatement à leur long bec noir et leurs longues pattes, nous en avons vu plusieurs fouiller les poubelles et se disputer un morceau de pain. Gentils, discrets, leur souffrance est néanmoins réelle. En reportage exclusif, nous avons suivi Morris, un Ibis SDF qui nous raconte son quotidien. Malgré des ancêtres égyptiens, Morris parle un anglais parfait. Mais pour plus de facilité, l'ensemble de notre entretien a été traduit en français.
Clo : Bonjour Morris. Vous vivez dans la rue à Sydney depuis presque deux ans. Comment vous sentez-vous ?
Morris : La rue, man, c'est pas facile, c'est la guerre tous les jours. Faut être sur le qui-vive, pas se laisser marcher sur les pattes. Je me sens comme un oiseau sans aile tu vois ? Etre dans la rue dans la ville, on pourrait croire que c'est être libre, mais en fait c'est pas ça la liberté.
Clo : Et qu'est-ce qui est le plus dur au quotidien ?
Morris : C'est le regard. Les gens ne nous regardent même pas ! Juste les touristes parfois. C'est vrai qu'on est discret, pas comme les cacatoès qui se permettent de monter sur les épaules des gens. On reste à distance man, mais on n'en pense pas moins.
Clo : Vous n'en pensez pas moins, c'est-à-dire ?
Morris : Parfois man, et là j't'avoue, ça me fait quelque chose dans le coeur, je pense à mes ancêtres. (Morris a du mal à retenir son émotion, il est au bord des larmes) Je pense même à l'ancêtre de mes ancêtres qui a donné sa tête à Thot.
Clo : Euh... Sa tête à Thot ?
Morris : Ben oui, sa tête à Thot ! A Thot, le dieu de la lune et de l'écriture. C'était pas comme ça avant, là-bas. On était vénéré. Ici on n'est rien.
Clo : Comment se passe une journée type ? Pour manger, prendre soin de vous ?
Morris : Pour se laver, faut attendre qu'il pleuve et trouver une flaque. Pour se nourrir, faut faire les poubelles. Puis on n'est pas les seuls sur le coup, y a les mouettes et les opossums. Les opossums ça va, on n'a pas les mêmes horaires. Ils restent tranquilles pendant la journée, ils ne sortent que le soir, mais les mouettes, elles sont toujours derrière nous. Elles sont pénibles. J'ai un pote opossum. C'est dur pour eux aussi. Je disais que c'était la guerre mais parfois, on se donne des bons plans, des poubelles disponibles, des choses comme ça.
Clo : Vous croyez en l'avenir ?
Morris : Je ne sais pas... Y en a qui s'en sortent mieux, il paraît qu'il y en a un qui tient une chaîne d'hôtels. Moi personnellement, j'ai juste un pote qui fait du biathlon, course et vol, et il s'en sort bien. Il vit dans un parc où les gens amènent du pain dur, de la brioche rassise. Il a eu du pot, man. C'est le sport qui l'a sauvé.
Clo : Que voulez-vous dire aux potentiels touristes français qui viendraient à Sydney ? Quel message voulez-vous leur faire passer ?
Morris : Y en a pas que pour les cacatoès. Nous aussi on existe.