Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.
Parfois je pourrais
Je pourrais hurler je crois
Je pourrais exploser
Comme ces gamines qui s’affament et se cognent la tête contre les lavabos pour faire taire la douleur
Celles que les verrous des salles de bains cadenassent à se briser les poings dans les méandres de sombres habitudes
Celles qui écrivent à la lame de rasoir sur leurs bras pour qu’on les lise enfin
Qui coupent la seule chose qui leur appartient, peut-être pour dire qu’elle leur appartient
Qui voient couler le sang et pensent "ce sang qui coule est le mien"
Qui cachent leurs cicatrices quand la blessure intérieure reste toujours à vif
Celles qui laissent des blisters d’anxiolytiques vidés sur la table de chevet près d’un verre qui n’a jamais été à moitié plein
Celles que l'angoisse étreint toujours plus fort, et qui chancellent, déjà éteintes, sans pouvoir balbutier un mot, et qui s'achèvent le cerveau à coup de psychotropes
Celles qui ouvrent leurs yeux comme des fenêtres sur le vide, prêtes à sauter dans le désert
Qui n’ont jamais appris qu’il y a autre chose que le désert
Anges tombés d'un ciel sans doute trop bleu
Et que le monde frappe, et griffe, et mord au-delà de leurs forces
Monde qui leur a déchiré les ailes avant même qu'elles n'apprennent à voler
Celles qui ont cherché dans l'alcool ou la fumée une porte vers un autre scénario
Pour perdre pied, décoller un peu, juste un instant
Et qui se précipitent sans cesse du manque à l'overdose
Celles qui s'épuisent, ne peuvent pas dormir, et n'ont d'autre refuge que le silence des nuits sans sommeil,
Celles qui se vendent sans jamais rien donner
Qui n'offrent qu'une façade aux regards transparents
Qui restent insaisissables au-delà de leur corps
Celles qui respirent à peine, celles qui ne parlent plus
Parce que les mots s'étranglent dans leur gorge
Parce que les mots brûlent et qu'elles ne veulent pas attiser les flammes
Parce qu'elles ne peuvent pas, parce qu'elles ne peuvent plus...
Parce qu'elles étouffent, asphyxiées de doutes, écrasées de craintes
Celles qui ont pourtant l’avenir posé sur leur visage, inscrit dans leurs pas pressés, dans leurs doigts nerveux
Mais qui serrent déjà la mort entre leurs dents
Celles qui hésitent entre le souffle du fauve et les yeux de la proie
Celles qui ont peur, de l’autre et d’elles
Qui ont tant de rage qu’elles pourraient renverser les murs
Mais préfèrent se renverser elles-mêmes
Celles dont les rêves se disloquent et qui restent hagardes, les mains vides, à espérer la fin de l'errance
Celles qui s’accrochent à un regard, à un sourire, à une parole juste pour elles
Qui sèment leur détresse aux quatre vents et voudraient qu'on les sauve
Quand l’éclosion devient explosion
Oh ! Comme j'ai pu hurler avant elles !
Je ne renierai pas la meute
Mais le temps passe, mes sœurs, mes filles, fragiles colombes
Le temps passe et les blessures aussi
Patience
Le temps réparera vos ailes