Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.
Buste courbé, genoux pliés, main affaiblie,
Échouée contre un arbre, soudain elle a pâli.
C'était l'hiver, et dans ma rue j'ai rencontré
Cette voisine que je n'avais jamais croisée.
Lorsque j’ai proposé que vienne une ambulance,
Elle m’a dit "Non" pour se garder une contenance.
"Je vais rentrer, a-t-elle lâché se détournant.
- Mais avez-vous au moins quelqu'un qui vous attend ?"
Et son cœur s'est ouvert l'instant d'une parole
Figée dans l'air glacé qui mord et déboussole.
Elle m'a dit "Non... hélas", d'une voix démunie.
Elle m'a dit "Non... hélas", et, lasse, est repartie.
Hélas… hélas…
Ce n'est qu'un petit mot qui ne prend pas de place,
Un mot qui dit "Tant pis" sans se voiler la face,
Un mot qui se démène dans le poids d'une larme,
Qui balaie les questions et parfois rend les armes.
Deux syllabes perdues au détour d'un murmure,
Fatigue d’un sourire se heurtant à un mur,
Un regret qui s'efface, un souffle à peine audible
Qui se moque au final d'avoir atteint sa cible.
Un mot ouvrant un monde aux mystères familiers :
Le porte-parapluies au bas de l’escalier,
De chaudes charentaises, quelques cartes postales,
Le parquet bien ciré, l’orchidée sans pétales.
Mais l’absent de la chaise, mais l’oreiller glacé,
La mémoire d’une épaule où se penche un baiser.
Un mot tout habité des rires qu’il a connus
Où flotte la voix grave de l'aimé disparu.
Univers englouti et méandres du temps,
Le cœur percé de gris aux faibles battements.
Dans des cahiers d'hier, un rideau de chagrin :
Les soupirs vont rivières sur les peaux parchemin.
Cahin-caha j'ai vu sa frêle silhouette
S'éloigner dans le soir, partir à l'aveuglette
Dans la rue silencieuse, vers la porte fermée,
Loin de ce mot qu’elle avait laissé échapper.
Je ne l'ai pas revue, mais dès lors que j'entends
Prononcer ce mot-là, je songe à cet instant.
Et je crois, tandis que mes lèvres se resserrent,
Esquisser quelques pas dans le cœur de l'hiver.