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Décryptage humoristique (ou non) des choses de la vie, délires poétiques, réflexion et bonne humeur.

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LA table

Encore un faire-part ! Cette fois-ci c'est un mariage. Bonne nouvelle ! Et puis cela fait longtemps qu'on n'a pas vu les tourtereaux. J'aime bien les mariages. Les gens sont souriants et bien habillés. La mariée est belle, le marié comblé. Et rien ne devrait troubler cette joyeuse agape.

 

Il y a juste un hic, l'ombre d'une légère inquiétude... Ce que j'appréhende un peu, dans ces journées pourtant joyeuses, pleines d'amour et de petits fours, c'est la table.

 

Non pas la table en elle-même bien sûr, je m'entends généralement bien avec les meubles. Lorsque je parle de LA table, c'est la table de "ceux qu'on n'a pas su où mettre ailleurs et de toute façon, on ne va pas y passer la nuit sur ce plan de table, ça leur fera les pieds" (oui, la mariée peut être un peu nerveuse pendant les préparatifs). Vous voyez de quelle table je veux parler ? Vous l'avez connue vous aussi, cette table des solitudes embarrassées, des entrechoquements de verres qui tentent désespérément de combler le vide sidéral entre des êtres totalement dissemblables et de couvrir la conversation soporifique de votre voisin de gauche, celui qui porte une cravate avec un loup hurlant à la mort ?

Par amitié pour les mariés et pour ne pas être celle qui a crié son désespoir à la face du monde devant une assiette de fruits de mer, on ravale la question qui nous titille les cordes vocales, nous brûle les lèvres, nous arrache la gorge : POURQUOI ?

 

J'avais dix-neuf ans. Parmi les invités, je connaissais très bien mes parents, bien trois couples d'amis de mes parents et les parents du marié qui sont des amis de mes parents et un peu le marié, sa soeur et son frère. Bref, c'était le mariage du fils d'amis de mes parents.

J'avais dix-neuf ans, trop vieille pour partager la table des enfants (quoique, à vingt-sept ans, des gens se sont permis de me mettre à la table des enfants... à mon mariage, il y aura donc deux quincagénaires assis au milieu des mioches) et trop jeune (et trop âgée aussi) pour être à côté de papa maman et de personnes qui m'étaient familières.

 

Les mariés ne me connaissaient pas bien. Je devais sans doute faire partie de ces noms auprès desquels on trace un point d'interrogation gêné au moment de faire le plan de table. Je me suis donc retrouvée assise à LA table, et je précise que tout ce qui suit est vrai et s'est réellement passé.

 

Au bout de LA table, à gauche, un jeune homme atteint d'un handicap mental et sa maman, qui coupait ses aliments. En face de moi un adolescent dégingandé d'une quinzaine d'années. L'animateur de la soirée, qui fuyait la table dès qu'il pouvait pour lancer un jeu ou de la musique. Et à ma droite, le clou de la soirée, un couple de futurs jeunes mariés, dont la vulgarité flirtait parfois avec l'obscénité. Ma voisine de gauche, discrète et silencieuse, ouvrait des yeux ronds. Comme moi, elle venait de se rendre compte qu'on l'avait mise à LA table.

 

A cette époque, on fumait encore très souvent à l'intérieur. Pas de chance, rare non fumeuse de la zone, je me retrouvai coincée dans un véritable guet-apens. Ma voisine de droite, d'un geste qu'elle jugeait sans doute élégant, aspirait le poison près de la joue de son futur, puis tournait la tête et crachait sa fumée dégoûtante juste sous mon nez, gâchant le plaisir du repas (qui, tant est que je m'en souvienne, devait être très bon sans assaisonnement nicotinique). Et c'était clope sur clope, bouffée sur bouffée. Lorsqu'elle déclara avoir vingt-huit ans, je pensai intérieurement que cela faisait dix ans qu'elle avait arrêté de compter, tant sa peau tendait (ou plutôt distendait) vers sa vocation de parchemin... Mais laissons ce couple à leurs cigarettes et leurs verres de vin pour l'instant, nous y reviendrons bien assez tôt. Continuons le tour de table.

 

L'adolescent de quinze ans fumait également, mais ne buvait pas d'alcool. "C'est mauvais pour la santé" disait-il dans une longue bouffée de cigarette. Il se prenait pour un grand, mais avait un vocabulaire d'enfant de huit ans. Lors d'un sketch mettant en scène des amis des mariés, l'un d'entre eux dit le mot "inférieur" et Super Fumeur de demander "ça veut dire quoi inférieur ?". Véridique et affligeant. Je me suis retenue de tout commentaire. D'ailleurs je ne parlais pas. Pas le temps de placer un mot, ni l'envie d'ailleurs. Et la conversation était si désolante que je suis incapable aujourd'hui de vous en rapporter le contenu.

 

Puis j'ai failli craquer... J'ai énormément de respect pour les personnes atteintes d'un handicap, qu'il soit mental ou physique, et je m'imagine très bien les difficultés qu'elles doivent rencontrer au quotidien et dans leurs projets de vie. J'ai énormément d'admiration pour leur entourage qui les soutient et les aide jour après jour. Mais ce soir-là, je vous avoue, lorsque le jeune homme près de sa mère se mit à remuer sur sa chaise, à me désigner d'un doigt accusateur et à me crier dessus lorsque pour la première fois je me servis un peu de vin (il fallait bien noyer mon désarroi dans quelque chose), toute ma sympathie naturelle s'envola...

 

Mais déjà le spectacle reprenait à ma droite ! "Ah tu verras dans trois semaines, quand ça sera notre tour ! Ah j'en tiendrai une belle ! Il faut bien ça ! Une bonne cuite pour notre mariage !" Les termes ne sont peut-être pas exacts, mais le sens y est. Monsieur le futur marié avait descendu une ou deux bouteilles (et à lui on n'avait rien dit !), laissant tout de même quelques verres à sa femme, comme le laissait deviner le rouge sur ses joues papier crépon. Et l'alcool faisait son petit effet sur le mâle ragaillardi ! Effarée, je voyais sa main gauche remonter la jupe de sa dame sur sa cuisse, laquelle dame donnait des petites tapes gênées sur les doigts audacieux en rouspétant des "arrête, arrête je te dis". Là les termes sont exacts, je m'en souviens parfaitement. La scène dura longtemps : la fiancée avait les larmes aux yeux, le futur avait les siens brillants. Le dessert arriva et ce fut un soulagement pour tout le monde.

 

Je me levai et allai me dégourdir les jambes sur le tube de l'année. Sur la piste, la mariée accordait une danse à chaque convive. Ce fut bientôt mon tour. Ravie, magnifique dans sa robe de fée, des étoiles dans les yeux, elle me demanda : "Tu passes une bonne soirée ?" A ce moment, le futur marié de ma table, monsieur Main-sur-la-cuisse, passablement émêché et souhaitant sans doute profiter de ses dernières semaines de liberté, glissait à l'oreille d'une charmante jeune fille qui passait par là  : "Tu es jolie ! Tu veux danser ?". Puis il s'étala lamentablement sur le sol, relevé presque immédiatement par sa promise énervée. Je regardai la mariée. Comme elle était heureuse ! Et là, bien évidemment, j'ai menti : "Oui, je passe une très bonne soirée, je m'amuse bien."

 

Un jour prochain, vêtue de ma belle robe de princesse, je partagerai une danse avec quelqu'un qui me dira peut-être "je passe une très bonne soirée".  J'espère seulement qu'on ne l'aura pas mis à LA table...

 

 

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M
bravo !! très sympa comme lecture et puis félicitations alors!!
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N
Pour tes soucis de plan de table, jette un coup d'oeil sur http://WWW.placeyourguests.com. C'est un site utile pour réaliser ton plan de table facilement, très pratique :)
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B
Ah ouais, très prochainement ?! Chouette, j'adooore les mariages !! ^^
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B
Ah...c'était donc ça, le VRAI prétexte pour ne pas rester dîner au nôtre...<br /> <br /> (hmm...est-ce qu'on en avait une, de table comme celle-là...?)<br /> <br /> (ha mais alors, quand cette amie pas vue depuis 10 ans, qui ne connaissait que moi, m'a dit qu'elle avait passé une bonne soirée, tu veux dire que...)
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C
<br /> <br /> Non non, on serait resté avec plaisir mais comme je vous avais expliqué, on avait fait changer la date du repas de promo exprès, donc il fallait concilier les deux... Pour ton amie, je suis<br /> convaincue qu'on peut passer une bonne soirée même quand on ne connaît pas les gens autour. Il faut un bon équilibre entre les personnalités et un peu de jugeote. Je pense que la grosse erreur<br /> est de ne mettre que des gens qui ne se connaissent absolument pas entre eux, et là, la conversation peut tarder à démarrer... Enfin bon, nous aurons à réfléchir à tout ça très prochainement...<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />